🧩 Un même ETF coté 3 fois en Europe : la réforme qui remet de l’ordre (et allège tes coûts)
#109, La plomberie de tes ETF fait peau neuve 🧩
Le résumé pour les plus pressés :
🧩 Le problème : aujourd’hui, un même ETF est coté environ 3,5 fois en moyenne sur différentes places boursières européennes, selon Euronext. Résultat, la liquidité est éparpillée et les prix moins lisibles.
⚙️ La réforme : Euronext lance Euronext ETF Europe, la première place de marché entièrement intégrée pour les ETF en Europe, avec une cotation unique et un carnet d’ordres consolidé.
🔗 Le principe : un ETF listé une seule fois donne accès à tous les marchés d’Euronext (Paris, Amsterdam, Milan, Bruxelles, Dublin, Lisbonne, Oslo), au lieu d’être dupliqué partout.
💶 Pour toi : des écarts de prix à l’achat et à la vente plus serrés, une meilleure exécution et plus de transparence. Ce sont surtout des coûts cachés qui baissent, pas les frais de gestion.
📅 Le calendrier : le modèle cible sera pleinement en place en septembre 2026, de façon progressive. Des émetteurs pesant plus de 90 % des encours ETF européens soutiennent le projet.
🤔 La nuance : ça change la tuyauterie, pas ce dans quoi tu investis. Une vraie amélioration de fond, mais pas une révolution pour un investisseur qui achète et garde.
👉 On en discute pour ta situation ?
Quand tu achètes un ETF, tu penses au sous-jacent. Le MSCI World, le S&P 500, un panier d’obligations. Tu regardes les frais, la performance, l’enveloppe dans laquelle tu le loges. Ce à quoi tu ne penses jamais, et c’est bien normal, c’est à la tuyauterie qui se trouve derrière. Comment ton ordre est exécuté, sur quelle place boursière, à quel prix exact, et par quel circuit ta transaction est réglée. C’est invisible, c’est technique, et pourtant ça a un impact concret sur ce que tu paies réellement. Or, cette plomberie s’apprête à changer en profondeur en cette rentrée, et personne ne prend le temps de te l’expliquer. C’est exactement ce qu’on va faire aujourd’hui.
Le point de départ, c’est un désordre que peu de gens soupçonnent. En Europe, le marché des ETF est fragmenté à l’extrême. Un même fonds, disons un ETF sur les grandes actions mondiales, n’est pas coté à un seul endroit. Il est dupliqué sur plusieurs bourses à la fois, à Paris, à Amsterdam, à Milan, ailleurs. En moyenne, un même ETF est ainsi coté environ 3,5 fois sur différentes places européennes, un chiffre avancé par Euronext elle-même. Ça peut paraître anecdotique, mais c’est en réalité une source de coûts et d’inefficacité, pour les sociétés de gestion qui doivent multiplier les démarches, pour les professionnels qui font le marché, et au bout de la chaîne, pour toi.
C’est ce désordre qu’Euronext, la principale infrastructure de marché en Europe, a décidé de ranger. La bourse lance Euronext ETF Europe, présentée comme la première place de marché européenne entièrement intégrée pour les ETF. L’idée tient en une phrase simple : une seule cotation, un seul carnet d’ordres, une seule chaîne de traitement. On va voir ce que ça veut dire concrètement, ce que ça change réellement pour ton portefeuille, à qui ça profite en premier, et pourquoi il faut se réjouir de cette avancée sans pour autant en attendre des miracles.
🧩 Le désordre que personne ne voyait
Commençons par bien comprendre le problème, parce que c’est lui qui donne tout son sens à la réforme. En Europe, contrairement aux États-Unis, il n’existe pas une bourse unique mais une mosaïque de places nationales. Historiquement, pour qu’un ETF soit accessible aux investisseurs de plusieurs pays, l’émetteur devait le faire coter séparément sur chacune de ces places. Le même produit se retrouvait donc listé à Paris, à Amsterdam, à Milan, parfois sur cinq ou six marchés en même temps. À lui seul, Euronext compte plus de 3 300 lignes d’ETP réparties sur ses sept bourses, avec Milan en tête (environ 2 000 lignes), devant Paris (710) et Amsterdam (634), et beaucoup de fonds présents à plusieurs endroits à la fois.
Pour mesurer l’ampleur du désordre à l’échelle du continent, un chiffre est parlant. Selon une étude de Vanguard, l’Europe compte près de quatre fois plus de lignes d’ETF cotées que les États-Unis, environ 11 900 contre 3 000, alors que le nombre de fonds réellement différents est quasiment identique de part et d’autre de l’Atlantique, et que le volume échangé y est bien plus faible. Autrement dit, on a démultiplié les cotations sans démultiplier les produits. Et cette même étude établit un lien direct entre cette fragmentation et des coûts de transaction plus élevés : sur un ETF répliquant le S&P 500, les fourchettes de prix seraient quatre à cinq fois plus larges en Europe qu’aux États-Unis. Une partie de cet écart tient au décalage horaire, mais le reste est bien imputable à la fragmentation.
Cette duplication a un coût, à tous les étages. Pour les sociétés de gestion d’abord, contraintes de multiplier les démarches administratives et réglementaires pour le même fonds. Pour les teneurs de marché ensuite, ces professionnels dont le rôle est d’assurer en permanence des prix d’achat et de vente, et qui doivent composer avec plusieurs infrastructures en parallèle. Et surtout, pour la qualité du marché elle-même. Quand la liquidité d’un même ETF est éparpillée entre plusieurs places, elle est moins profonde à chaque endroit. Or, une liquidité fragmentée, ce sont des écarts de prix plus larges et des conditions d’exécution moins bonnes pour l’investisseur final.
Traduisons ça dans ton quotidien. À chaque fois que tu passes un ordre sur un ETF, il existe un petit écart entre le prix auquel tu peux l’acheter et celui auquel tu peux le revendre au même instant. C’est ce qu’on appelle le spread, la fourchette. Cet écart est un coût, discret mais réel, que tu paies sans forcément le voir. Plus la liquidité est concentrée et profonde, plus cette fourchette se resserre et moins ça te coûte. Plus elle est éparpillée, plus la fourchette a tendance à s’élargir. Le désordre européen jouait donc, à la marge, contre ton portefeuille. C’est précisément ce point que la réforme veut corriger.
Une nuance s’impose toutefois, celle que soulignent les spécialistes de la microstructure. Le carnet d’ordres visible à l’écran ne représente en réalité qu’une partie du marché des ETF en Europe. Une part importante des volumes, en particulier les gros ordres institutionnels, s’échange de gré à gré, hors carnet d’ordres, via des systèmes de demande de prix directement entre courtiers et teneurs de marché. Consolider la cotation visible est donc un vrai progrès, mais il faut garder en tête que ça n’adresse qu’une fraction de la liquidité réelle, et que la profondeur d’un ETF vient d’abord de son sous-jacent et du marché primaire, pas seulement de ses cotations affichées.
⚙️ Ce que change Euronext ETF Europe
Venons-en à la solution, qui est d’une logique limpide. Le principe d’Euronext ETF Europe se résume à trois unifications. Une seule cotation, d’abord : pour la première fois, un émetteur pourra lister son ETF une seule fois sur une plateforme unique et atteindre du même coup l’ensemble des marchés d’Euronext, à savoir Amsterdam, Bruxelles, Dublin, Lisbonne, Milan, Oslo et Paris. Fini la duplication du même produit sur sept places différentes. Cela réduit les doublons réglementaires et accélère la mise sur le marché des nouveaux fonds.
Un seul carnet d’ordres, ensuite. C’est le cœur technique de la réforme. Toutes les transactions passeront par une plateforme de négociation unique, baptisée Optiq, qui consolide la liquidité entre les différentes juridictions. Autrement dit, au lieu d’avoir la liquidité d’un ETF dispersée sur plusieurs marchés, on la rassemble dans un carnet d’ordres commun. Résultat attendu selon Euronext : une meilleure formation des prix, des fourchettes plus serrées et une qualité d’exécution améliorée. Tous les participants bénéficieront aussi d’un flux de données de marché unifié et d’un point de connexion unique, ce qui simplifie considérablement l’accès.
Une seule chaîne de traitement, enfin. Ce qu’on appelle le post-marché, c’est-à-dire tout ce qui se passe après la transaction, la compensation et le règlement, sera également consolidé. Les opérations passeront par Euronext Clearing pour la compensation et par Euronext Securities pour le règlement des ETF libellés en euros, en s’appuyant sur la plateforme de règlement commune européenne. En clair, la bourse ne se contente pas de simplifier l’achat et la vente, elle rationalise toute la chaîne, du listing jusqu’au règlement final, dans un seul environnement intégré. C’est cette cohérence de bout en bout qui fait la force du projet.
💶 Ce que ça change concrètement pour ton portefeuille
Maintenant, la question qui t’intéresse vraiment : qu’est-ce que ça change pour toi, épargnant qui achète ses ETF depuis son PEA ou son compte-titres ? Le bénéfice principal, et il est réel, tient à la concentration de la liquidité. En rassemblant dans un carnet d’ordres unique ce qui était éparpillé, la réforme vise à resserrer les fourchettes de prix et à améliorer la qualité d’exécution. Concrètement, l’écart discret que tu paies à chaque achat et à chaque revente devrait avoir tendance à se réduire, surtout sur les ETF moins liquides où cet écart est aujourd’hui le plus large. Tu paierais donc, en moyenne, un peu moins de frais cachés pour entrer et sortir de tes positions.
Le second bénéfice, c’est la transparence et la lisibilité. Avec un prix de référence consolidé plutôt que plusieurs cotations parallèles du même fonds, tu y vois plus clair sur la vraie valeur de marché de ton ETF à un instant donné. Et à plus long terme, en réduisant les coûts et les doublons pour les émetteurs, cette efficacité pourrait favoriser une offre de produits plus large et plus accessible. C’est d’ailleurs l’un des objectifs affichés, s’inscrire dans la construction d’une véritable union européenne de l’épargne et de l’investissement, un marché des capitaux plus unifié et plus fluide.
Mais je vais être précis, parce que c’est là que beaucoup se tromperaient. Cette réforme fait baisser des coûts implicites, ceux liés à l’exécution et à la fourchette de prix, mais elle ne touche pas directement aux frais de gestion annuels de ton ETF, ce fameux pourcentage prélevé chaque année. Ces frais-là sont fixés par l’émetteur, pas par la bourse, et ils ne bougeront pas du seul fait de cette réforme. Quand on te dit que ça allège tes coûts, c’est vrai, mais il s’agit des coûts de transaction et de la qualité d’exécution, pas de la ligne de frais affichée sur ta fiche produit. La nuance a son importance pour ne pas te faire de fausses idées.
🤔 À qui ça profite vraiment
Soyons lucides sur la hiérarchie des gagnants, parce que c’est le genre de vérité qu’un communiqué de presse ne met jamais en avant. Les premiers bénéficiaires de cette réforme, ce sont les acteurs professionnels. Les sociétés de gestion, qui économisent sur les démarches et la duplication réglementaire. Les teneurs de marché et les courtiers, qui gagnent en efficacité opérationnelle, voient leurs besoins en capital réduits et accèdent à toute la gamme via une adhésion harmonisée. Pour eux, le gain est immédiat et substantiel. C’est d’ailleurs pour ça que des émetteurs représentant plus de 90 % des encours d’ETF européens, dont les plus grands noms de la gestion, soutiennent le projet.
Pour toi, investisseur particulier, le bénéfice est réel mais plus modeste, et il dépend beaucoup de ton profil. Si tu es un investisseur de long terme qui achète un gros ETF très liquide une fois par mois et le garde des années, le gain sera marginal, tout simplement parce que sur ces produits-là, les fourchettes de prix sont déjà minuscules. Tu ne verras probablement pas de différence spectaculaire sur ton relevé. En revanche, si tu négocies plus souvent, ou si tu investis sur des ETF plus confidentiels et moins liquides, là où les écarts de prix sont aujourd’hui plus larges, le bénéfice sera nettement plus tangible pour toi.
Il faut donc voir cette réforme pour ce qu’elle est : une amélioration structurelle du marché, saine et bienvenue, qui rend l’écosystème européen des ETF plus efficace et plus compétitif. C’est une bonne nouvelle de fond, qui accompagne la démocratisation des ETF auprès du grand public. Mais ce n’est pas une révolution qui va transformer ta performance du jour au lendemain. C’est un progrès de plomberie, pas un changement de nature de ton placement. Et savoir faire la différence entre les deux, c’est précisément ce qui évite de s’emballer pour de mauvaises raisons.
📅 Le calendrier et le contexte
Parlons du timing, parce qu’il explique pourquoi je t’en parle maintenant. Cette réforme n’est pas un projet lointain, elle se déploie en ce moment même. Le modèle cible doit être pleinement en place en septembre 2026, avec une transition organisée pour assurer la continuité. Pour éviter tout à-coup, les dispositifs existants de règlement pour les membres de marché peuvent rester en place jusqu’à cette échéance, le temps que tout le monde bascule proprement. On est donc dans la dernière ligne droite d’un chantier annoncé de longue date, ce qui en fait un vrai sujet de rentrée.
Le contexte, lui, dépasse la seule question des ETF. Ce projet s’inscrit dans une ambition politique plus large, celle de bâtir une union européenne de l’épargne et de l’investissement, un marché des capitaux enfin unifié à l’échelle du continent. Pendant des années, la fragmentation des marchés européens a été pointée comme un handicap face aux États-Unis, où la profondeur et l’unité du marché offrent de meilleures conditions. En rassemblant la liquidité et en simplifiant les circuits, l’Europe cherche à combler une partie de ce retard. Que le mouvement parte du marché des ETF n’est pas un hasard, tant cette classe de produits est devenue le véhicule préféré des épargnants européens.
Ce qu’il faut surveiller, désormais, c’est l’exécution. Une belle architecture sur le papier ne vaut que par sa mise en œuvre réelle et par l’adoption des acteurs. Et là, tout le monde n’est pas convaincu que le calendrier sera tenu. Certains professionnels doutent qu’Euronext parvienne à consolider ses cotations dans les temps, en raison des sensibilités politiques autour des bourses nationales, chaque pays ayant tendance à défendre son pré carré boursier. Regrouper la liquidité de sept places en une seule touche à des intérêts locaux, et ce n’est jamais qu’une affaire technique. Le soutien massif des émetteurs et des courtiers est un signal encourageant, mais c’est dans les mois qui viennent, une fois le système pleinement opérationnel, qu’on mesurera l’effet concret sur les fourchettes de prix et la qualité d’exécution. En attendant, tu peux considérer que le sens de l’histoire est favorable à l’investisseur en ETF : plus de liquidité, plus de transparence, moins de frictions. C’est une tendance de fond dont tu es, à ton échelle, l’un des bénéficiaires.
👀 Avis Cash Conseils
Je vais te donner mon sentiment sans détour. Cette réforme est une bonne nouvelle, tranquille mais authentique. Elle s’attaque à un vrai défaut structurel du marché européen, la fragmentation, et va dans le bon sens pour l’investisseur : plus de liquidité, des prix plus lisibles, une exécution de meilleure qualité. C’est le genre d’avancée technique, peu spectaculaire, dont on ne parle jamais au grand public alors qu’elle améliore concrètement l’écosystème dans lequel tu investis. Cela dit, il faut la ranger à sa juste place, ni la sous-estimer, ni en attendre monts et merveilles.
Ce qui me plaît :
→ La correction d’un vrai désordre : un même ETF coté plus de trois fois en Europe, c’était une aberration coûteuse pour tout le monde. → La concentration de la liquidité dans un carnet d’ordres unique, qui devrait resserrer les fourchettes de prix et améliorer l’exécution. → La logique de bout en bout, de la cotation au règlement, dans un seul environnement intégré, gage de cohérence et d’efficacité. → Le soutien massif du secteur, avec des émetteurs pesant plus de 90 % des encours européens, qui crédibilise le projet.
Ce qu’il faut garder en tête :
→ Ça allège des coûts cachés, la fourchette et l’exécution, mais pas les frais de gestion annuels de ton ETF, qui restent fixés par l’émetteur. → Les premiers gagnants sont les professionnels, sociétés de gestion, teneurs de marché et courtiers. Ton bénéfice à toi est réel mais plus modeste. → Sur les gros ETF très liquides, où les fourchettes sont déjà minuscules, tu ne verras quasiment pas de différence. → C’est un déploiement progressif, pleinement en place en septembre 2026, pas un interrupteur magique, et son effet réel se mesurera dans les mois qui suivent. → La réforme ne consolide que le carnet d’ordres visible, alors qu’une large part des volumes en Europe se traite de gré à gré, hors Bourse : le progrès est donc réel mais partiel.
Ce que j’en retiens pour toi :
→ Continue d’investir comme avant, cette réforme ne remet en cause aucune de tes lignes ni aucune de tes stratégies. → Si tu utilises des ETF peu liquides ou de niche, tu es le profil qui a le plus à y gagner en écarts de prix resserrés. → Retiens surtout le sens de l’histoire : l’écosystème des ETF continue de se démocratiser et de devenir plus favorable à l’épargnant.
Ce que ça ne change pas :
→ La nature de ton placement, son sous-jacent, sa performance et son niveau de risque restent exactement les mêmes. → Le choix de la bonne enveloppe, PEA, assurance-vie ou compte-titres, et de la bonne allocation, qui reste, lui, l’enjeu déterminant.
Une réforme de marché, c’est un progrès de contexte, pas une décision d’investissement. Si tu veux qu’on regarde ensemble si tes ETF, tes enveloppes et ton allocation sont réellement optimisés pour ta situation, ça, c’est le sujet qui compte vraiment, et il mérite qu’on s’y penche à froid.
👉 Réserve un moment pour faire le point
Nicolas
Cette newsletter a une vocation pédagogique et informative. Elle ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé, ni une recommandation d’achat ou de vente. Les informations relatives à Euronext ETF Europe proviennent de sources publiques (communiqués d’Euronext et presse spécialisée) et sont susceptibles d’évoluer, notamment quant au calendrier de déploiement, prévu pour être pleinement opérationnel en septembre 2026. Les bénéfices attendus en matière de liquidité, de fourchettes de prix et de qualité d’exécution sont des objectifs annoncés qui devront être confirmés à l’usage. Tout investissement en ETF comporte un risque de perte en capital. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Avant toute décision, assure-toi de la compatibilité de tes choix avec ta situation patrimoniale et tes objectifs.

