Mes newsletters sont souvent longues, je vous invite Ă cliquer sur le bandeau pour lire l'intĂ©gralitĂ© directement sur Internet. De plus, merci de liker ou partager, cela va permettre de dĂ©velopper encore plus Cash Conseils. Petit sondage Ă la fin... N'oublie pas aussi de liker, ça m'aide Ă dĂ©velopper â€ïžâ€ïžâ€ïžâ€ïžDĂ©jĂ 182 Ă©ditions de cette newsletter envoyĂ©e tous les dimanches
Vous aimez son contenu, je vous invite Ă cliquer sur le â„ïž au-dessus, ça mâaidera Ă©normĂ©ment.
On vous a transfĂ©rĂ© la news et vous voulez vous abonner ? đđđ
Tu peux aussi me poser directement une question sur le sujet que tu veuxâŠ
đïž Ding Ding Ding, lâespace des liens
đ¶ Sponsoriser la newsletter : Pour vous adresser Ă ma communautĂ©
đ§âđ» Les rĂ©seaux : Linkedin, Youtube, Tiktok
đ€ Se retrouver : RDV, Newsletter, Youtube, tous les liens y sont
đ€ Rejoindre la communautĂ© : sur Whatsapp
âïž Un coaching personnel : Prendre RDV
đ Ătude de mon patrimoine gratuite (diffusĂ©eâŠ): Je veux que tu Ă©tudies mon patrimoine
Temps de lecture : 8 Ă 10 minutes selon ta vitesse de lecture

đ Vous, mes abonnĂ©s : Nous sommes Ă 14 877 abonnĂ©s. Les abonnements remontent, si vous pouvez partager la newsletter autour de vous, ce serait top.
⥠Linkedin : Suivez mes publications quotidiennes sur Linkedin. Des actualités fortes, du décryptage de tendances, tout y est. Voici pour me suivre
On me demande un peu de perso Ă chaque fois, de life style. Je peux vous dire plusieurs choses :
Hier soir premier match amical pour AytrĂ© Rugby : lancement Ă 19h, oui petite erreur sur le coup dâenvoi, mais match au top. Victoire en prime mais finit trĂšs tard.
Reprise des entrainements avec les M14 : et une petite surprise mâa attendu en dĂ©but dâannĂ©e, Ange a repris la saison bien sĂ»r, mais il nâest pas seul, sa soeur BĂ©rĂ©nice lâaccompagne. Je peux vous quâaprĂšs 3 entrainements, vous parler Ă un papa trĂšs fier.
Emission de TV : dans 15 jours je suis invité à participer à une émission de TV sur les finances, chaine LCP, je vous en dis plus bientÎt.
Bien que je sois le fondateur dâun cabinet en gestion de patrimoine, il est important de souligner que Cash Conseils đž opĂšre indĂ©pendamment de cette entitĂ©. Cette newsletter s'inscrit dans une dĂ©marche entiĂšrement dĂ©diĂ©e Ă la pĂ©dagogie financiĂšre, visant Ă Ă©duquer et Ă inspirer un large public sur les fondamentaux de la gestion financiĂšre personnelle. Cash Conseils đž est conçu pour ĂȘtre une ressource Ă©ducative ouverte Ă tous, sans liens directs avec les services ou les orientations spĂ©cifiques du cabinet. L'objectif est de fournir une plateforme neutre et informative, oĂč chacun peut apprendre Ă naviguer dans l'univers des finances personnelles, en toute indĂ©pendance et sans conflit d'intĂ©rĂȘts.


đ„ Hong Kong : lâor russe inonde le territoire, prĂšs de 100 tonnes en 7 mois : Les importations dâor russe Ă Hong Kong atteignent un record : prĂšs de 100 tonnes de janvier Ă juillet, soit 3x le niveau de 2025. Depuis les sanctions occidentales de 2022, Moscou rĂ©oriente ses exportations vers lâAsie. La majeure partie finit en Chine continentale. Depuis dĂ©but 2022, Hong Kong a achetĂ© pour 35 Mds $ dâor russe. Les perturbations logistiques Ă DubaĂŻ (guerre au Moyen-Orient) renforcent encore le rĂŽle de la ville.
đ Sondage FT : taux dâapprobation de Trump au plus bas historique (33 %) : Seulement 33 % des Ă©lecteurs inscrits approuvent le bilan de Trump, le chiffre le plus bas depuis le lancement du sondage FT en mai. Chez les rĂ©publicains : 72 % (Ă©galement un plus bas). Le diesel a atteint un record Ă 5,85 $/gallon. 57 % des Ă©lecteurs estiment que leur situation sâest dĂ©gradĂ©e (+4 pts). Les dĂ©mocrates devancent les rĂ©publicains de 7,5 pts avant les midterms de novembre.
đ LVMH : la capitalisation divisĂ©e par 2, retour Ă janvier 2020 : Le groupe a perdu plus de la moitiĂ© de sa valorisation depuis le pic de 2023 (500 Mds $), retombant Ă 213 Mds âŹ, soit son niveau dâavant-Covid. Bain estime que 60 millions de consommateurs âambitieuxâ (15 % de la clientĂšle) ont cessĂ© dâacheter du luxe. La Chine reste faible. En revanche, HermĂšs, Richemont et la joaillerie rĂ©sistent. âLe client prĂ©fĂšre un bijou Ă 10 000 ⏠plutĂŽt quâun sac Ă 7 000 âŹâ, observe un dirigeant du secteur.
đłđŽ Fonds souverain norvĂ©gien : proposition de rĂ©duire les Treasuries de 80 Mds $ : NBIM recommande au ministĂšre des Finances de rĂ©duire la part des obligations dâĂtat dans son portefeuille de 70 % Ă 50 %, soit une baisse dâenviron 106 Mds $ dâexposition souveraine mondiale (dont ~80 Mds $ de Treasuries). Le fonds de 2 300 Mds $ se tournerait vers des titres plus rĂ©munĂ©rateurs comme les MBS (titres adossĂ©s Ă des crĂ©ances hypothĂ©caires). DĂ©cision finale attendue au printemps 2027.
đ CAC 40 : stable Ă 8 279 pts, lâemploi US accĂ©lĂšre, le Brent reste Ă 95 $ : Lâindice parisien termine quasi inchangĂ© (-0,09 %). Lâemploi amĂ©ricain sâest nettement accĂ©lĂ©rĂ© en aoĂ»t, ravivant les craintes dâune hausse de taux de la Fed en septembre (âgood news is bad newsâ). Le Brent reste au-dessus de 95 $, la situation Iran-USA semblant bloquĂ©e. Hausses : GTT +4 %, Soitec +3,9 %, Legrand +3 % (Deutsche Bank passe Ă lâachat), Alstom +2 % (contrat VIA Rail de 3 Mds âŹ). Baisses : Vivendi -6,7 %, Ipsos -6,9 %, TotalEnergies -2,5 %.

91,5 milliards dâeuros. Câest la valorisation cumulĂ©e revendiquĂ©e par les 32 licornes françaises, ces start-up estimĂ©es Ă plus dâun milliard, dâaprĂšs le suivi du site zero-bullshit, qui agrĂšge les donnĂ©es dĂ©posĂ©es au greffe et au Bulletin officiel des annonces civiles et commerciales. Un chiffre qui claque dans les communiquĂ©s et sur les plateaux.
Retiens-le, puis regarde ce quâil y a derriĂšre. Sur les 393 start-up françaises que ce mĂȘme site suit, 257 ne publient pas leurs comptes, soit prĂšs dâun tiers qui restent une boĂźte noire. Et 53 sont dĂ©jĂ classĂ©es en difficultĂ© : vingt mortes ou liquidĂ©es, seize en procĂ©dure collective, quinze ayant lancĂ© un plan social. VoilĂ le vrai visage de lâĂ©cosystĂšme quâon te vend en rĂ©cits de conquĂȘte : des valorisations spectaculaires affichĂ©es dâun cĂŽtĂ©, une opacitĂ© massive et une casse silencieuse de lâautre.
Voici la thĂšse que je veux te faire comprendre, et elle tient en une phrase. Une valorisation de start-up nâest pas une valeur, câest un prix nĂ©gociĂ© entre quelques initiĂ©s Ă un instant prĂ©cis, sur une petite fraction du capital, et rien ne garantit quâil tienne, ni mĂȘme que tu puisses un jour vendre Ă ce prix. Quand un Ă©pargnant met son argent dans le non-cotĂ©, en crowdfunding ou en private equity, il achĂšte cette promesse de valeur avec des risques quâon ne lui montre presque jamais : lâilliquiditĂ©, la gouvernance dĂ©lĂ©guĂ©e, les frais, et la possibilitĂ© trĂšs rĂ©elle de tout perdre. Le redressement judiciaire de Tudigo, plateforme de financement participatif tombĂ©e cet Ă©tĂ©, en est le rappel brutal, et il tombe pile dans lâactualitĂ©.
Une prĂ©cision de mĂ©thode avant de plonger. Tous les chiffres de cette Ă©dition sont sourcĂ©s et vĂ©rifiĂ©s en session : donnĂ©es zero-bullshit issues du greffe, baromĂštre Forvis Mazars et France FinTech, communication publique de Tudigo, et une lettre publique de son cofondateur. Les calculs sont exĂ©cutĂ©s par script, hypothĂšses posĂ©es en fin de mail. Et je le dis dâemblĂ©e : sur le conflit de gouvernance qui a prĂ©cĂ©dĂ© la chute de Tudigo, je ne prends pas parti, la justice tranchera. Je mâen tiens aux faits publics et Ă ce quâils apprennent Ă lâĂ©pargnant.
⥠Lâessentiel en cinq phrases
Une valorisation de start-up est le prix de la derniĂšre petite tranche de capital vendue Ă des professionnels, extrapolĂ© Ă toute lâentreprise, pas une valeur de marchĂ© que tu pourrais toucher en vendant. Ce prix monte, mais il sâeffondre aussi : PayFit, valorisĂ©e 1,82 milliard en 2022, en valait 625 millions dĂ©but 2026, et Ynsect est passĂ©e de licorne annoncĂ©e Ă la liquidation judiciaire en deux ans aprĂšs avoir mobilisĂ© 600 millions. Le non-cotĂ© est structurellement opaque, un tiers des start-up suivies ne publient mĂȘme pas leurs comptes, et il obĂ©it Ă une loi de puissance impitoyable oĂč un seul gagnant doit compenser une majoritĂ© de pertes. Quand une plateforme comme Tudigo tombe, tes parts existent toujours, mais le coĂ»t de leur gestion peut dĂ©vorer une part Ă©norme des petits vĂ©hicules, jusquâĂ plus de 40 %, et câest celui qui a le moins investi qui paie proportionnellement le plus. La bonne question nâest jamais « quelle est la valorisation ? », mais « oĂč sont les vrais chiffres, qui dĂ©cide Ă ma place, et combien je peux perdre ? ».
đŠ Une valorisation, ce nâest pas une valeur
Commençons par dĂ©faire le mot le plus trompeur du secteur. Quand tu lis quâune start-up « vaut deux milliards » aprĂšs une levĂ©e, ce chiffre nâa presque rien Ă voir avec ce que le mot valeur signifie pour ton livret ou ton action cotĂ©e. Une valorisation post-money, câest le prix auquel un investisseur professionnel a acceptĂ© dâacheter une petite tranche de capital, disons 5 ou 10 %, multipliĂ© mĂ©caniquement par cent pour donner une valeur thĂ©orique de lâensemble. Câest une extrapolation, pas une transaction sur la totalitĂ©. Personne ne pourrait vendre lâentreprise entiĂšre Ă ce prix du jour au lendemain, et surtout, ce prix a Ă©tĂ© fixĂ© dans un moment dâeuphorie ou de tension, pas par un marchĂ© profond dâacheteurs et de vendeurs.
Pire, ce prix te concerne dâautant moins que tu es petit porteur. Les investisseurs professionnels obtiennent presque toujours des actions de prĂ©fĂ©rence assorties de clauses de liquidation prĂ©fĂ©rentielle : en cas de revente, ils rĂ©cupĂšrent leur mise, parfois un multiple de leur mise, avant que le moindre euro ne revienne aux actionnaires ordinaires. Or en equity crowdfunding, tu es le plus souvent actionnaire ordinaire. Une entreprise « valorisĂ©e un milliard » peut donc ĂȘtre revendue 400 millions et ne rien laisser aux petits porteurs, parce que les prĂ©fĂ©rences absorbent tout. La valorisation affichĂ©e nâest pas seulement thĂ©orique, elle peut ĂȘtre trompeuse sur ta part rĂ©elle.

Prends le cas de PayFit, et je le prends prĂ©cisĂ©ment parce que câest une rĂ©ussite, pas un scandale : lâentreprise est devenue rentable en juillet 2026, elle a livrĂ©. Les chiffres viennent de zero-bullshit, qui les tire des comptes dĂ©posĂ©s. En janvier 2022, PayFit lĂšve 254 millions et affiche une valorisation de 1,82 milliard dâeuros, alors que son chiffre dâaffaires de lâexercice tournait autour de 57 millions : la valorisation reprĂ©sentait donc environ trente-deux fois les revenus. La mĂȘme annĂ©e, lâentreprise perdait 61 millions, puis 100 millions en 2023, puis 60 millions en 2024, plus de 220 millions de pertes cumulĂ©es en trois ans, financĂ©es par les levĂ©es. Elle a rĂ©duit ses effectifs deux fois, de 20 % en 2023 puis de 14 % en 2024. Et sa valorisation, elle, est retombĂ©e Ă 1,45 milliard en 2023 puis Ă 625 millions dĂ©but 2026, une chute des deux tiers en quatre ans. Encore une fois, PayFit sâen sort et câest tant mieux. Mais un Ă©pargnant qui aurait achetĂ© au prix de 2022 aurait vu sa valeur thĂ©orique fondre des deux tiers, sur une entreprise qui, elle, a plutĂŽt bien tournĂ©. VoilĂ ce que le mot valorisation cache.
Câest lĂ que zero-bullshit devient un outil prĂ©cieux, et je le cite sans toucher un centime Ă le faire. Sa logique est simple et salubre : ne retenir comme certifiĂ© que ce qui est dĂ©posĂ© lĂ©galement au greffe et au Bulletin officiel, et signaler le reste comme dĂ©clarĂ©, non vĂ©rifiĂ©. Autrement dit, il oppose aux communiquĂ©s les comptes rĂ©els. Câest exactement le rĂ©flexe que je veux tâinstaller : avant de regarder ce quâune start-up raconte, regarde ce quâelle dĂ©pose.
đ§© Trois portes dâentrĂ©e, trois risques diffĂ©rents
Avant dâaller plus loin, mets de lâordre dans les mots, parce quâon range Ă tort sous la mĂȘme Ă©tiquette trois choses qui nâont pas le mĂȘme profil. La premiĂšre porte, câest le crowdequity, le financement participatif en actions : tu deviens actionnaire de lâentreprise, tu es exposĂ© Ă la totalitĂ© de son destin, sans rendement promis, et tu ne gagnes que si elle grandit et si une sortie survient un jour. Câest le plus risquĂ©, et câest le terrain des pertes totales comme des multiples spectaculaires. La deuxiĂšme porte, câest le crowdlending, le financement participatif en prĂȘt ou en obligations : tu ne deviens pas propriĂ©taire, tu prĂȘtes, contre un taux dâintĂ©rĂȘt fixe et une Ă©chĂ©ance. Ton gain est plafonnĂ© au taux, mais ton risque est diffĂ©rent, câest le dĂ©faut de lâemprunteur, ce retard ou cette perte dont on a parlĂ© pour lâimmobilier en #180. La troisiĂšme porte, câest le fonds de private equity : tu confies ton argent Ă une Ă©quipe de gestion qui investira dans des dizaines dâentreprises non cotĂ©es pour toi, moyennant des frais, sur huit Ă dix ans.
Ces trois portes nâappellent pas la mĂȘme analyse. En actions, tu regardes le potentiel et tu acceptes la loi de puissance. En prĂȘt, tu regardes la soliditĂ© de lâemprunteur et le taux de dĂ©faut de la plateforme. En fonds, tu regardes lâĂ©quipe, les frais et lâhistorique. Les confondre, câest appliquer la mauvaise grille au mauvais produit, et câest la premiĂšre erreur dâanalyse du dĂ©butant. Tudigo, justement, proposait les deux premiĂšres, actions et obligations, et câest pour cela que sa chute touche des profils dâinvestisseurs trĂšs diffĂ©rents.
đłïž Le vrai problĂšme : un tiers cachent leurs comptes
Encore faut-il quâil y ait quelque chose Ă regarder. Et câest le scandale discret de tout le secteur : sur les 393 start-up suivies, 257 ne publient pas leurs comptes annuels. La loi les y oblige pourtant, mais beaucoup demandent la confidentialitĂ©, autorisĂ©e pour les petites entreprises, ou paient une amende symbolique plutĂŽt que de montrer leurs pertes. RĂ©sultat, pour un tiers des pĂ©pites quâon cĂ©lĂšbre, tu nâas aucun moyen simple de savoir ce quâelles gagnent, ce quâelles perdent, ou Ă quelle vitesse elles brĂ»lent leur trĂ©sorerie. On te demande dâinvestir, ou dâadmirer, une boĂźte noire.
Cette opacitĂ© nâest pas un dĂ©tail, câest le cĆur du problĂšme pour qui veut analyser. Sur une action cotĂ©e, tu as des comptes trimestriels auditĂ©s, un cours en continu, des analystes qui se contredisent. Sur une start-up non cotĂ©e, tu as un pitch, une valorisation, et parfois rien dâautre. La premiĂšre question Ă te poser devant une opportunitĂ© de non-cotĂ© nâest donc pas « quel rendement ? », câest « est-ce que je peux seulement voir les comptes ? ». Si la rĂ©ponse est non, tu nâinvestis pas, tu paries Ă lâaveugle.
Quand on voit les chiffres, dâailleurs, ils refroidissent. Ynsect, longtemps prĂ©sentĂ©e comme un fleuron industriel de la French Tech, spĂ©cialiste des protĂ©ines dâinsectes, a mobilisĂ© de lâordre de 600 millions dâeuros, dont environ 148 millions dâargent public. Elle est passĂ©e de la sauvegarde en 2024 au redressement, puis Ă la liquidation judiciaire le 1er dĂ©cembre 2025, laissant 43 salariĂ©s sur le carreau. De licorne annoncĂ©e Ă la liquidation en deux ans. Elle nâest pas seule : Luko, Sigfox, Frichti, Cityscoot, dâautres noms quâon a portĂ©s aux nues, figurent aujourdâhui au cimetiĂšre du secteur. Et quinze start-up de plus ont taillĂ© dans leurs effectifs rien quâen 2026, dâAB Tasty Ă Contentsquare en passant par Sorare. Le storytelling est ascendant, la rĂ©alitĂ© est darwinienne.
Cette rĂ©alitĂ© a un nom mathĂ©matique, la loi de puissance, et elle explique pourquoi le non-cotĂ© est si dangereux pour qui le sous-estime. Jâai fait tourner un portefeuille stylisĂ©, purement pĂ©dagogique, pour te le montrer. Imagine dix lignes de 1 000 euros dans dix jeunes start-up, soit 10 000 euros. ScĂ©nario typique de ce secteur : cinq pertes totales, trois qui te rendent Ă peine ta mise, une qui triple, et une seule qui fait fois dix. RĂ©sultat, tu rĂ©cupĂšres 16 000 euros, un multiple de 1,6, correct. Mais retire la seule ligne Ă fois dix, celle que tu nâavais aucun moyen dâidentifier Ă lâavance, et tu ne rĂ©cupĂšres plus que 6 000 euros : le portefeuille perd 40 %. Toute la performance tient Ă un gagnant sur dix. Rate-le, et la diversification ne te sauve pas. Câest lâinverse exact dâun portefeuille dâactions cotĂ©es, oĂč la moyenne te protĂšge. Dans le non-cotĂ©, la moyenne ne veut rien dire, seule compte la queue de distribution.
đŹ Apprendre Ă lire les vrais chiffres
Pour les start-up qui, elles, publient, encore faut-il savoir quoi regarder, parce que le rĂ©cit et les comptes ne disent pas la mĂȘme chose. Quatre chiffres valent tous les pitchs. Le premier, le chiffre dâaffaires rĂ©ellement dĂ©posĂ©, Ă ne pas confondre avec lâARR quâon brandit dans les communiquĂ©s. LâARR, le revenu rĂ©current annualisĂ©, est une projection obtenue en multipliant par douze le dernier mois : câest un chiffre de vitrine, pas une rĂ©alitĂ© comptable. Le chiffre dâaffaires du bilan, lui, est vĂ©rifiĂ©. Le deuxiĂšme, le rĂ©sultat net et donc le rythme de pertes : une entreprise qui perd 100 millions par an nâa pas le mĂȘme destin selon quâelle en a 300 en caisse ou 80. Le troisiĂšme, justement, la trĂ©sorerie et ce que les Anglo-saxons appellent le runway, le nombre de mois quâil lui reste avant de devoir lever Ă nouveau, en position de force ou de faiblesse. Le quatriĂšme, lâĂ©cart entre la levĂ©e annoncĂ©e et lâargent rĂ©ellement encaissĂ© au capital : un « 254 millions levĂ©s » mĂ©lange souvent des actions, de la dette non dilutive et des tranches futures conditionnelles. Le montant qui compte est celui qui est rĂ©ellement entrĂ©, et il est parfois trĂšs infĂ©rieur au titre.
OĂč trouver tout cela ? Aux mĂȘmes endroits, gratuits ou presque : les comptes dĂ©posĂ©s au greffe, accessibles via des sites comme Pappers ou Infogreffe, le Bulletin officiel des annonces civiles et commerciales pour les Ă©vĂ©nements juridiques, et zero-bullshit pour la synthĂšse. Le rĂ©flexe Ă installer est le plus simple du monde : avant de croire une histoire, tu vas voir les comptes. Et si lâentreprise a demandĂ© la confidentialitĂ© de ses comptes, comme un tiers du peloton, ce silence est dĂ©jĂ une information. On nâanalyse pas ce quâon refuse de te montrer, on parie dessus.
đȘ€ Tudigo : ce quâun naufrage de plateforme coĂ»te vraiment
Passons du concept au cas concret, celui qui fait lâactualitĂ© et qui touche directement des dizaines de milliers dâĂ©pargnants français. Tudigo, plateforme de financement participatif fondĂ©e Ă Bordeaux en 2015 sous le nom de Bulb in Town, a Ă©tĂ© placĂ©e en redressement judiciaire le 5 aoĂ»t 2026 par le tribunal de commerce de Bordeaux, aprĂšs un Ă©tat de cessation des paiements constatĂ© fin juillet. Le tribunal a nommĂ© un administrateur judiciaire, la plateforme avait jusquâau 14 septembre pour trouver un repreneur, et les offres devaient ĂȘtre examinĂ©es le 30 septembre. Au moment oĂč tu lis ces lignes, lâissue se joue peut-ĂȘtre.
PremiĂšre chose Ă savoir, et câest une vraie bonne nouvelle, souvent noyĂ©e dans le bruit : Tudigo prĂ©cise que les fonds des investisseurs sont logĂ©s sur des comptes sĂ©grĂ©guĂ©s, soit dans les vĂ©hicules dâinvestissement propres Ă chaque projet, soit chez le prestataire de paiement Lemonway, et quâils ne transitent pas par les comptes de la sociĂ©tĂ©. Ils ne sont donc pas dans le pĂ©rimĂštre du redressement. Tes parts dans les entreprises financĂ©es existent toujours, et elles continueront de valoir ce que vaudront ces entreprises. La faillite de la plateforme nâest pas la faillite de tes participations.
Ce qui change, câest qui administre ces vĂ©hicules, et surtout Ă quel prix. Et câest lĂ que ça devient instructif. Dans une lettre publique diffusĂ©e le 1er septembre, Alexandre Laing, cofondateur qui a quittĂ© Tudigo fin 2025 et nây exerce plus aucune fonction, dĂ©taille le barĂšme de gestion extinctive tel que communiquĂ© par la plateforme Ă ses investisseurs, un barĂšme quâil dit avoir dĂ©couvert comme simple client. Pour un vĂ©hicule en actions, il Ă©voque un forfait de lâordre de 8 400 euros par an, plus 1,8 % prĂ©levĂ©s sur tous les flux qui reviennent Ă lâinvestisseur. Et câest le forfait qui pose problĂšme, parce quâil est dĂ» quelle que soit la taille du vĂ©hicule.
Fais le calcul, je lâai fait par script. Sur cinq annĂ©es, ce forfait reprĂ©sente 42 000 euros, un montant fixe. RapportĂ© Ă un vĂ©hicule dâun million dâeuros, cela fait 4,2 % du capital. RapportĂ© Ă un vĂ©hicule de 300 000 euros, 14 %. Et rapportĂ© Ă un petit vĂ©hicule de 100 000 euros, 42 % du capital englouti par les seuls frais forfaitaires, avant mĂȘme les 1,8 % sur les flux. Autrement dit, plus ton vĂ©hicule est petit, plus la facture te coĂ»te cher en proportion, et câest mĂ©caniquement celui qui a mis le moins qui paie le plus lourd. Ajoute que beaucoup de lignes nâiront jamais Ă leur terme et que ces frais courent quand mĂȘme, annĂ©e aprĂšs annĂ©e. Je ne dis pas que ce barĂšme est illĂ©gitime, un service rendu se paie, et il faut bien que quelquâun gĂšre ces vĂ©hicules orphelins. Je dis quâon ne tâa jamais prĂ©sentĂ© ce coĂ»t sous cette forme au moment oĂč tu investissais, et que câest exactement le genre de frais invisible qui dĂ©cide du sort rĂ©el de ton Ă©pargne.
Le contexte de marchĂ© rend lâhistoire plus cruelle encore. DâaprĂšs les chiffres citĂ©s par le cofondateur, la collecte de Tudigo est passĂ©e de 60 millions dâeuros en 2023 Ă 51 millions en 2024, puis Ă 29 millions en 2025, et environ 11 millions en rythme annuel sur 2026 : divisĂ©e par plus de deux en un an. Pendant ce temps, le marchĂ© français du crowdfunding, lui, ne sâest pas effondrĂ© : dâaprĂšs le baromĂštre Forvis Mazars et France FinTech, il a reculĂ© de 17,1 % en 2024 puis est reparti de 1,8 % en 2025, autour de 1,76 milliard dâeuros collectĂ©s. Un marchĂ© qui se stabilise nâexplique pas Ă lui seul une entreprise qui perd la moitiĂ© de sa collecte. Le reste appartient Ă lâhistoire propre de Tudigo, et Ă la justice.
đłïž Qui vote pour toi : la gouvernance dĂ©lĂ©guĂ©e
Il y a une leçon plus profonde dans cette affaire, et elle vaut pour tout le non-cotĂ© collectif, bien au-delĂ de Tudigo. Quand tu investis via une plateforme, tu ne dĂ©tiens presque jamais les actions en direct. Tu dĂ©tiens des parts dâun vĂ©hicule, souvent une sociĂ©tĂ© par actions simplifiĂ©e ou une holding, qui, elle, dĂ©tient les actions de lâentreprise financĂ©e. Et ce vĂ©hicule vote aux assemblĂ©es non pas selon lâavis de chacun de ses centaines de porteurs, mais par la voix dâune seule personne, son reprĂ©sentant ou son prĂ©sident. Tu as dĂ©lĂ©guĂ© ton droit de vote sans toujours en avoir conscience.
Ce mĂ©canisme est parfaitement lĂ©gal et souvent nĂ©cessaire, on ne peut pas faire voter trois cents particuliers ligne par ligne. Mais il crĂ©e une vulnĂ©rabilitĂ© : le jour oĂč celui qui vote pour toi a un intĂ©rĂȘt propre dans la dĂ©cision, ton intĂ©rĂȘt et le sien peuvent cesser de coĂŻncider. Le cofondateur de Tudigo raconte dâailleurs, dans sa lettre, comment un vĂ©hicule rassemblant 700 actionnaires particuliers a pesĂ© dans un conflit dâactionnaires par la voix de son seul prĂ©sident, ces 700 personnes nâayant elles-mĂȘmes pas votĂ©. Je ne me prononce pas sur ce litige prĂ©cis. Je retiens le principe, qui te concerne directement si tu dĂ©tiens du non-cotĂ© collectif.
De cette expĂ©rience, il tire trois principes que je te livre parce quâils sont justes et transposables. Premier principe, privilĂ©gie un vĂ©hicule oĂč celui qui dĂ©cide a lui-mĂȘme de lâargent en jeu, parce que celui qui ne risque rien a peu Ă dĂ©fendre. DeuxiĂšme principe, mĂ©fie-toi des structures oĂč un seul homme dĂ©cide de tout, car lĂ oĂč un seul dĂ©cide, il suffit dâen convaincre un seul. TroisiĂšme principe, regarde ce que les gens ont fait ailleurs avant de leur confier ta voix, parce que dans ce mĂ©tier les antĂ©cĂ©dents parlent plus fort que les intentions. Ces trois questions, tu devrais te les poser avant chaque souscription en non-cotĂ©, pas aprĂšs.
đ«đ· Le cadre français et le piĂšge de la carotte fiscale
Terminons par le cĂŽtĂ© pratique et français, parce que câest souvent par lĂ quâon tâattire dans le non-cotĂ© : la rĂ©duction dâimpĂŽt. Le dispositif IR-PME, dit Madelin, permet de dĂ©duire de ton impĂŽt sur le revenu une partie de ce que tu investis au capital dâune PME non cotĂ©e Ă©ligible. Attention Ă un point que beaucoup ignorent : le taux bonifiĂ© de 25 % nâa pas Ă©tĂ© reconduit pour 2026 dans le cas gĂ©nĂ©ral, il ne subsiste que pour les entreprises solidaires. Le taux de droit commun en 2026 est donc de 18 %, pour un investissement Ă conserver au moins cinq ans, dans la limite de 50 000 euros de versements pour une personne seule et 100 000 pour un couple.
Et voici le piĂšge, arithmĂ©tique et implacable. Cette rĂ©duction entre dans le plafonnement global des niches fiscales, limitĂ© Ă 10 000 euros par an. Investis 50 000 euros Ă 18 %, cela ferait 9 000 euros de rĂ©duction, encore dans le plafond, mais au-delĂ , la carotte est Ă©crĂȘtĂ©e. Surtout, une rĂ©duction dâimpĂŽt ne compense jamais une perte en capital. Si tu investis 10 000 euros, que tu obtiens 1 800 euros de rĂ©duction, et que la start-up fait faillite, tu nâas pas gagnĂ© 1 800 euros, tu as perdu 8 200 euros. La rĂ©duction abaisse ton prix dâentrĂ©e, elle ne transforme pas un mauvais investissement en bon. Ne laisse jamais lâavantage fiscal ĂȘtre la raison principale dâune souscription : câest la plus vieille erreur du patrimoine français, et le non-cotĂ© en est truffĂ©.
Ajoute Ă cela lâilliquiditĂ©, dont on a fait tout un dossier en #178. Une part de PME non cotĂ©e, une part de vĂ©hicule de crowdfunding, une part de fonds de private equity, tu ne les revends pas quand tu veux. Il nâexiste pas ou peu de marchĂ© secondaire, lâhorizon annoncĂ© de cinq, huit ou dix ans est un minimum et non une garantie, et la seule vraie liquiditĂ© viendra dâune sortie, revente ou introduction en Bourse, qui nâest jamais assurĂ©e. Le PEA-PME offre une enveloppe fiscale intĂ©ressante pour loger une partie de ces titres, mais il ne crĂ©e aucune liquiditĂ© lĂ oĂč il nây en a pas. En non-cotĂ©, considĂšre par dĂ©faut que lâargent est immobilisĂ© et potentiellement perdu, et dimensionne ta poche en consĂ©quence.
đŠ Le private equity entre par dĂ©faut dans ton assurance-vie
Il y a une raison de plus de comprendre tout cela, et elle te concerne mĂȘme si tu nâas jamais mis un euro en crowdfunding : le private equity arrive dĂ©sormais dans ton assurance-vie et ton plan dâĂ©pargne retraite, parfois sans que tu lâaies choisi ligne par ligne. Depuis la loi Industrie Verte, en vigueur pour lâassurance-vie depuis le 24 octobre 2024 et qui se gĂ©nĂ©ralise dâici fin 2026, la gestion pilotĂ©e par dĂ©faut de ces enveloppes doit intĂ©grer une part minimale dâactifs non cotĂ©s. Cette part peut atteindre de lâordre de 15 % sur les profils les plus dynamiques, avec des fourchettes courantes de 4 Ă 12 % selon le profil de risque. Autrement dit, des millions dâĂ©pargnants français dĂ©tiennent maintenant du non-cotĂ© au sein de leur contrat, souvent sans le savoir, parce que leur gestion pilotĂ©e lâa fait pour eux.
Ce nâest ni une bonne ni une mauvaise nouvelle en soi, câest une nouvelle quâil faut regarder en face. Le private equity a de vrais atouts, financer lâĂ©conomie rĂ©elle, capter une prime dâilliquiditĂ©, diversifier hors des marchĂ©s cotĂ©s. Mais il a aussi trois traits que le grand public dĂ©couvre rarement avant dây ĂȘtre exposĂ©. Dâabord la courbe en J : dans les premiĂšres annĂ©es, un fonds affiche des performances nĂ©gatives, parce quâil prĂ©lĂšve ses frais dâemblĂ©e et ne rĂ©alise ses plus-values quâen fin de vie, huit Ă dix ans plus tard. Ensuite les frais, empilĂ©s en couches, ceux du fonds, ceux de lâenveloppe, parfois ceux dâun fonds de fonds, qui rabotent une part sĂ©rieuse de la performance. Enfin lâilliquiditĂ©, la mĂȘme que celle de la #178 : les fonds sont fermĂ©s pour des annĂ©es, et les fonds dits evergreen, ouverts en permanence, gardent la possibilitĂ© de fermer leurs fenĂȘtres de rachat quand tout le monde veut sortir. Ajoute une dispersion des rĂ©sultats gigantesque entre les meilleurs et les pires fonds, sans commune mesure avec lâĂ©cart entre deux fonds actions cotĂ©es. La dĂ©mocratisation du private equity est une chance si elle est calibrĂ©e et comprise, un piĂšge si elle est subie par dĂ©faut. Va vĂ©rifier ce que contient rĂ©ellement ta gestion pilotĂ©e.
đŻ Une valorisation de start-up est un prix nĂ©gociĂ© entre initiĂ©s Ă un instant T, pas une valeur que tu pourrais toucher. Avant de croire le rĂ©cit, regarde les comptes, et sâil nây en a pas, passe ton chemin.
âïž La nuance honnĂȘte : le non-cotĂ© bien fait a sa place
Je ne veux pas te laisser croire quâil faut fuir le non-cotĂ©, ce serait aussi paresseux que de sây jeter les yeux fermĂ©s. Bien fait, il a une vraie place dans un patrimoine. Il finance lâĂ©conomie rĂ©elle, celle des entreprises quâon comprend, il rĂ©munĂšre la patience par une prime dâilliquiditĂ© qui existe vraiment, et il diversifie hors des marchĂ©s cotĂ©s. Les tout premiers investisseurs des belles rĂ©ussites françaises, celles qui ont tenu, ont Ă©tĂ© largement payĂ©s de leur risque. Le non-cotĂ© nâest pas lâennemi.
Le message nâest donc pas « jamais », il est « les yeux ouverts, petit, et patient ». De lâargent dont tu nâas pas besoin avant huit Ă dix ans. Une poche limitĂ©e, quelques pour cent du patrimoine, jamais un socle. Des comptes que tu as pu vĂ©rifier, des frais que tu connais, une gouvernance que tu as regardĂ©e. La diffĂ©rence entre un investissement et un pari ne tient pas Ă la classe dâactifs, elle tient Ă la quantitĂ© de rĂ©el que tu as regardĂ©e avant de signer. Tout ce que cette Ă©dition tâa montrĂ© nâa quâun but : te faire regarder ce rĂ©el, au lieu du rĂ©cit quâon te vend par-dessus.
đŁïž Objections vues venir
« Une licorne, câest quand mĂȘme du solide, non ? » Pas nĂ©cessairement. Le titre de licorne dit seulement quâun tour de table a fixĂ© une valorisation supĂ©rieure au milliard, Ă un instant donnĂ©, souvent au sommet dâun cycle. Ynsect a Ă©tĂ© prĂ©sentĂ©e comme un fleuron avant de finir en liquidation. PayFit, qui a rĂ©ussi, a tout de mĂȘme vu sa valorisation fondre des deux tiers. La valorisation est un thermomĂštre de la mode du moment, pas un gage de soliditĂ©. Le vrai solide, ça se lit dans les comptes, la trĂ©sorerie et la rentabilitĂ©, pas dans un statut.
« Le crowdfunding me diversifie, câest toujours bon Ă prendre. » La diversification nâa de sens que si chaque brique est comprise et dimensionnĂ©e. Mettre 2 % de ton patrimoine dans un panier large de non-cotĂ©, avec de lâargent dont tu nâas pas besoin avant dix ans, peut se dĂ©fendre. Y mettre une part significative en croyant diversifier, alors que tu ajoutes en rĂ©alitĂ© de lâilliquiditĂ©, de lâopacitĂ© et un risque de perte totale, câest concentrer le risque en croyant le diluer. Le non-cotĂ© est un supplĂ©ment, jamais un socle.
« Avec la rĂ©duction dâimpĂŽt, mĂȘme si ça rate, je mây retrouve. » Non, on vient de le chiffrer. Une rĂ©duction de 18 % sur une somme que tu perds Ă 100 % te laisse avec une perte de 82 %. Lâavantage fiscal rĂ©duit le ticket dâentrĂ©e, il ne renverse jamais lâissue. Un investissement qui nâa de sens que par sa carotte fiscale est un investissement que tu nâaurais pas fait sans elle, ce qui devrait dĂ©jĂ te rĂ©pondre.
« Tudigo et Ynsect, ce sont des cas isolĂ©s. » Ce sont des cas visibles, ce nâest pas pareil. Sur 393 start-up suivies, 53 sont dĂ©jĂ en difficultĂ© et 257 ne publient mĂȘme pas leurs comptes, donc on ne connaĂźt pas lâĂ©tat rĂ©el dâun tiers du peloton. Et cĂŽtĂ© prĂȘt, ce nâest pas plus rose : le taux de dĂ©faut du crowdlending immobilier tournait autour de 21 % Ă lâĂ©tĂ© 2026, dâaprĂšs les indicateurs de place, soit prĂšs dâun projet sur cinq en retard, en procĂ©dure ou en perte. Les naufrages qui font la une sont la partie Ă©mergĂ©e. La rĂšgle du secteur, câest la loi de puissance : beaucoup dâĂ©checs, quelques rĂ©ussites Ă©clatantes. Traiter les faillites comme des exceptions, câest se raconter lâinverse de ce que disent les chiffres.

đŻ Conclusion et ton dĂ©fi pour ce week-end
On te vendra toujours le non-cotĂ© par le haut, la valorisation, la levĂ©e record, le rĂ©cit du prochain gĂ©ant. Cette Ă©dition tâaura servi si elle tâa appris Ă le regarder par le bas : les comptes rĂ©els, les frais, la liquiditĂ©, et surtout qui dĂ©cide Ă ta place. Une valorisation est un prix, pas une valeur. Un tiers de ces pĂ©pites cachent leurs chiffres. Et dans un monde oĂč le prix de lâargent est remontĂ©, comme on lâa vu ces trois derniĂšres semaines, le capital patient et lucide vaut plus que le capital enthousiaste.
Voici ton dĂ©fi, en quatre Ă©tapes, une heure ce week-end, et il est entiĂšrement tournĂ© vers lâanalyse. PremiĂšre Ă©tape, liste toutes tes lignes de non-cotĂ© : crowdfunding en actions ou en obligations, parts de PME, fonds de private equity, parts de sociĂ©tĂ© non cotĂ©e. Additionne-les et calcule leur poids rĂ©el dans ton patrimoine, tu seras peut-ĂȘtre surpris. DeuxiĂšme Ă©tape, pour chacune, va chercher les vrais chiffres : les comptes dĂ©posĂ©s au greffe via un site comme zero-bullshit ou Pappers, la derniĂšre valorisation rĂ©elle, et surtout les frais du vĂ©hicule que tu dĂ©tiens. TroisiĂšme Ă©tape, pour chaque vĂ©hicule collectif, rĂ©ponds Ă trois questions : qui vote pour moi, cette personne a-t-elle de lâargent en jeu, et quâa-t-elle fait ailleurs. QuatriĂšme Ă©tape, rĂ©ponds-moi. Dis-moi le poids de ton non-cotĂ© dans ton patrimoine, la ligne dont tu as Ă©tĂ© incapable de retrouver les comptes, et les frais les plus Ă©levĂ©s que tu as dĂ©couverts en creusant. Je lis chaque message, et vos rĂ©ponses nourriront une Ă©dition de suivi.
Le fil rouge de ces derniĂšres semaines se tient : liquiditĂ© en #178, dette de lâĂtat en #179, taux immobiliers en #180, et aujourdâhui en #181 les chiffres rĂ©els du non-cotĂ©. Ă chaque fois la mĂȘme discipline, regarder la rĂ©alitĂ© derriĂšre lâaffichage, pour te rendre plus autonome et plus lucide face Ă ton patrimoine.
Ă dimanche prochain pour la #182. Bon week-end Ă toi, et si tu dĂ©tiens du non-cotĂ©, prends une heure pour aller voir ce quâil vaut vraiment. Ce nâest pas une pensĂ©e anxiogĂšne, câest une reprise de contrĂŽle : on ne gĂšre bien que ce quâon regarde en face.
Nicolas
P.S. Si cette Ă©dition tâa ouvert les yeux, transfĂšre-la Ă un proche qui a investi en crowdfunding ou en private equity ces derniĂšres annĂ©es, souvent pour la rĂ©duction dâimpĂŽt, et qui nâa jamais vĂ©rifiĂ© ce que valent rĂ©ellement ses lignes ni ce quâil paie en frais. Câest le genre de service qui Ă©vite une mauvaise surprise Ă retardement.
P.P.S. Pour creuser, sans que je touche un centime Ă te lâindiquer : le site zero-bullshit, gratuit, qui oppose aux communiquĂ©s les comptes rĂ©els dĂ©posĂ©s au greffe, une salubritĂ© publique ; le baromĂštre annuel du crowdfunding de Forvis Mazars et France FinTech, pour les chiffres de collecte et de marchĂ© ; les indicateurs de dĂ©faut publiĂ©s par Financement Participatif France ; et, pour comprendre de lâintĂ©rieur ce que devient lâĂ©pargne quand une plateforme tombe, la lettre publique dâAlexandre Laing sur Tudigo, Ă lire comme un tĂ©moignage, pas comme un jugement.
P.P.P.S. Un mot de calendrier, parce quâil compte pour les concernĂ©s. Le sort de Tudigo se jouait fin septembre : recherche de repreneur jusquâau 14, examen des offres autour du 30. Si tu es investisseur Tudigo, la seule source qui fait foi pour ta situation est lâadministrateur judiciaire, pas une newsletter : lis les consultations Ă©crites qui tâarrivent avant de signer quoi que ce soit.
Tu veux aller plus loin sur ce sujet ? Je suis joignable directement sur WhatsApp au 06 13 01 82 11. Tu peux aussi me retrouver tous les jours sur LinkedIn oĂč je publie des analyses sur la finance personnelle, lâentrepreneuriat et lâIA appliquĂ©e Ă la gestion de patrimoine.
*Cash Conseils est une newsletter dâĂ©ducation financiĂšre. Les informations qui y sont publiĂ©es ne constituent en aucun cas un conseil personnalisĂ© en investissement, en gestion de patrimoine ou en fiscalitĂ©. Chaque situation est unique et mĂ©rite une analyse spĂ©cifique. Lâinvestissement en non-cotĂ©, en crowdfunding et en private equity comporte un risque de perte totale du capital et une forte illiquiditĂ© ; les performances et valorisations passĂ©es ne prĂ©jugent pas des performances futures. Pour toute dĂ©cision structurante, je tâinvite vivement Ă consulter un conseiller en investissements financiers (CIF) rĂ©guliĂšrement immatriculĂ© Ă lâORIAS.
đ Sources mobilisĂ©es
Chiffres des start-up et Ă©cosystĂšme. Site zero-bullshit (frenchtech.zero-bullshit.fr), qui agrĂšge les comptes dĂ©posĂ©s au greffe et au BODACC et distingue les donnĂ©es certifiĂ©es des donnĂ©es dĂ©clarĂ©es non vĂ©rifiĂ©es : 393 start-up suivies, 257 ne publiant pas leurs comptes, 53 en difficultĂ© (20 mortes ou liquidĂ©es, 16 en procĂ©dure, 15 ayant licenciĂ©), 32 licornes pour environ 91,5 milliards dâeuros de valorisation cumulĂ©e.
Cas PayFit. DonnĂ©es zero-bullshit issues des comptes dĂ©posĂ©s : chiffre dâaffaires 2022 dâenviron 56,7 millions, pertes nettes de 61,4 millions en 2022, 100,3 millions en 2023 et 59,6 millions en 2024, levĂ©es cumulĂ©es de 433 millions, valorisations de 1,82 milliard en janvier 2022, 1,45 milliard en 2023 et 625 millions en fĂ©vrier 2026, deux plans sociaux (2023 et 2024), rentabilitĂ© annoncĂ©e en juillet 2026.
Cas Ynsect. Presse spĂ©cialisĂ©e et communiquĂ©s : de lâordre de 600 millions dâeuros mobilisĂ©s dont environ 148 millions de fonds publics, sauvegarde en 2024, redressement en 2025, liquidation judiciaire le 1er dĂ©cembre 2025, 43 salariĂ©s concernĂ©s.
Tudigo. Communication publique de Tudigo et presse (Boursorama, Ăchos Judiciaires) : redressement judiciaire ouvert le 5 aoĂ»t 2026 par le tribunal de commerce de Bordeaux, cessation des paiements fin juillet, fonds des investisseurs logĂ©s sur comptes sĂ©grĂ©guĂ©s (Lemonway, vĂ©hicules dâinvestissement) hors pĂ©rimĂštre de la procĂ©dure, recherche de repreneur jusquâau 14 septembre et examen des offres autour du 30 septembre. BarĂšme de gestion extinctive et chiffres de collecte (60, 51, 29 millions puis environ 11 millions annualisĂ©s) tels que rapportĂ©s dans la lettre publique dâAlexandre Laing, cofondateur ayant quittĂ© lâentreprise fin 2025.
MarchĂ© du crowdfunding. BaromĂštre Forvis Mazars et France FinTech : recul de 17,1 % en 2024, hausse de 1,8 % en 2025 Ă environ 1,76 milliard dâeuros, plus de 10 milliards cumulĂ©s. Indicateurs de dĂ©faut : Financement Participatif France, et taux de dĂ©faut sectoriels du crowdfunding immobilier (de lâordre de 21 % au 31 juillet 2026) citĂ©s Ă titre de repĂšre.
FiscalitĂ©. Dispositif IR-PME (Madelin) : taux de droit commun de 18 % en 2026, le taux bonifiĂ© de 25 % nâĂ©tant reconduit que pour les entreprises solidaires, conservation cinq ans, plafonds de versement de 50 000 et 100 000 euros, rĂ©duction incluse dans le plafonnement global des niches fiscales de 10 000 euros par an. Code gĂ©nĂ©ral des impĂŽts, sous rĂ©serve de vĂ©rification BOFiP Ă la date dâenvoi.
Note de transparence sur les chiffres. Les donnĂ©es dâentreprises et de marchĂ© sont publiques et vĂ©rifiĂ©es en session. Les Ă©lĂ©ments relatifs Ă Tudigo issus de la lettre dâAlexandre Laing sont prĂ©sentĂ©s comme le tĂ©moignage dâune partie, non comme des faits Ă©tablis, le conflit de gouvernance relevant de procĂ©dures en cours sur lesquelles cette Ă©dition ne prend pas parti. Les exemples chiffrĂ©s du portefeuille en loi de puissance et du poids des frais forfaitaires sont des calculs exĂ©cutĂ©s par script sur des hypothĂšses explicitement posĂ©es, Ă valeur illustrative et non prĂ©dictive. Les hypothĂšses complĂštes sont disponibles sur simple rĂ©ponse Ă ce mail.




