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Au sommaire cette semaine
đïž Finance Weekly : les cinq faits marquants de la semaine derniĂšre
đ Câest quoi le CAPE ? (et pourquoi le P/E classique ne suffit pas)
đ Lâhistoire du CAPE : ce quâil a prĂ©dit (et ce quâil a ratĂ©)
đ§ Pourquoi le CAPE est Ă 38 aujourdâhui (et les deux camps qui sâaffrontent)
đĄïž Comment utiliser le CAPE dans tes dĂ©cisions dâinvestissement
Temps de lecture : 8 Ă 10 minutes selon ta vitesse de lecture

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On me demande un peu de perso Ă chaque fois, de life style. Je peux vous dire plusieurs choses :
Cette semaine on a bien performĂ© sur Plan P, une grosse vague dâinscription suite au live , on remet ça cette semaine.
Jâai Ă©tĂ© invitĂ© par Aktionnaire Samedi Ă intervenir sur deux sujets, le private equity et lâimmobilier, câĂ©tait top !





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Nous sommes ravis dâaccueillir Place des Investisseurs parmi les partenaires officiels de Plan P : Ta Semaine Finances 360°.
Place des Investisseurs, câest le rĂ©seau de rĂ©fĂ©rence des investisseurs individuels engagĂ©s en France â une association dont la mission est de placer les citoyens au cĆur de lâĂ©conomie, avec des outils pĂ©dagogiques, des clubs dâinvestissement et des Ă©vĂ©nements de qualitĂ©.
Câest lors du salon Aktionnaire que nous avons eu le plaisir de rencontrer Anne Gaignard, avec qui le courant est passĂ© immĂ©diatement. Un grand merci Ă elle pour cet Ă©change enrichissant â câest exactement le genre de rencontres qui donnent du sens Ă ce quâon construit ensemble.
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Bien que je sois le fondateur dâun cabinet en gestion de patrimoine, il est important de souligner que Cash Conseils đž opĂšre indĂ©pendamment de cette entitĂ©. Cette newsletter s'inscrit dans une dĂ©marche entiĂšrement dĂ©diĂ©e Ă la pĂ©dagogie financiĂšre, visant Ă Ă©duquer et Ă inspirer un large public sur les fondamentaux de la gestion financiĂšre personnelle. Cash Conseils đž est conçu pour ĂȘtre une ressource Ă©ducative ouverte Ă tous, sans liens directs avec les services ou les orientations spĂ©cifiques du cabinet. L'objectif est de fournir une plateforme neutre et informative, oĂč chacun peut apprendre Ă naviguer dans l'univers des finances personnelles, en toute indĂ©pendance et sans conflit d'intĂ©rĂȘts.


đ VĂ©hicules Ă©lectriques : les constructeurs mondiaux font massivement machine arriĂšre : Au moins 12 constructeurs revoient Ă la baisse leurs ambitions VE face Ă la demande persistante pour les moteurs thermiques. Honda anticipe 16 milliards $ de pertes sur deux ans, Rolls-Royce continuera Ă produire des V12 aprĂšs 2030, Lamborghini transforme sa Lanzador en hybride rechargeable â âle taux de rejet des VE est en hausseâ, admet son PDG. Mercedes, Ford, Stellantis, Volvo, Bentley, Porsche, Audi, Lotus ont tous reculĂ©. Selon le FT, ces revirements ont coĂ»tĂ© Ă lâindustrie au moins 75 milliards $ en un an.
đšđł La Chine se pose en âhavre de stabilitĂ©â face aux Ătats-Unis enlisĂ©s en Iran : Le Premier ministre Li Qiang a rĂ©uni plus de 70 PDG Ă PĂ©kin â dont Tim Cook (Apple), Sergio Ermotti (UBS), Georges Elhedery (HSBC) â pour vanter la Chine comme âpilier de certitudeâ face au chaos amĂ©ricain. Sans nommer Trump, Li a promis une chaĂźne dâapprovisionnement âinĂ©galĂ©eâ et un environnement âprĂ©visibleâ. Le message est clair : tandis que Washington sâembourbe au Moyen-Orient, PĂ©kin prĂ©sente son plan quinquennal 2030 comme une opportunitĂ© â malgrĂ© un excĂ©dent commercial record de 1 200 milliards $ qui inquiĂšte lâEurope.
Avion de combat GCAP : le Japon sâalarme des retards budgĂ©taires britanniques : Tokyo exprime une âfrustration croissanteâ face Ă Londres, dont les lenteurs budgĂ©taires bloquent la signature du contrat avec Edgewing (BAE, Leonardo, Mitsubishi) pour le chasseur de nouvelle gĂ©nĂ©ration prĂ©vu en 2035. Le plan dâinvestissement dĂ©fense britannique, initialement attendu fin 2025, est sans cesse reportĂ© â un dĂ©ficit de 28 milliards ÂŁ sur 10 ans a Ă©tĂ© identifiĂ©. LâItalie a triplĂ© son estimation Ă 18,6 milliards âŹ. Le Japon, qui veut absolument tenir le calendrier, sâouvre dĂ©sormais Ă lâidĂ©e de vendre lâavion au Canada pour allĂ©ger la facture britannique.
đ Gilts britanniques : pourquoi la crise iranienne fait exploser les taux UK : Le rendement Ă 10 ans atteint 5 %, plus haut depuis 18 ans â soit +0,76 point depuis le dĂ©but du conflit, bien plus que lâAllemagne (+0,38) ou les US (+0,41). Le Royaume-Uni est vulnĂ©rable : le gaz reprĂ©sente 35 % de son mix Ă©nergĂ©tique (vs 20 % en Europe). La BoE a signalĂ© de futures hausses de taux, provoquant âlâune des plus fortes baisses de lâhistoireâ des gilts courts. Les hedge funds qui pariaient sur des baisses de taux liquident massivement leurs positions, amplifiant la dĂ©route. Pire mois depuis le mini-budget de 2022.
đ CAC 40 : troisiĂšme semaine dans le rouge, lâindice entre en marchĂ© baissier : Lâindice chute de -3,1 % Ă 7.666 points, en repli de 10 % depuis ses sommets de fĂ©vrier â seuil officiel du marchĂ© baissier. Le Brent dĂ©passe 118 $, la Fed, la BCE et la BoE adoptent un ton hawkish face Ă lâinflation. Lâor sâeffondre de -10 % sur la semaine (pire depuis le Covid). TotalEnergies flambe encore (+6,5 %, +40 % YTD), Exail Technologies bondit de +14 % (commandes +87 %), BollorĂ© +9,5 % (dividende exceptionnel de 1,50 âŹ). Le luxe souffre : HermĂšs -11 %, Kering -6,8 %.

Il existe un indicateur qui a prĂ©dit le krach de 1929. Qui a sonnĂ© lâalarme avant lâĂ©clatement de la bulle internet en 2000. Qui clignotait au rouge avant la crise des subprimes de 2008.
Cet indicateur a Ă©tĂ© créé par un prix Nobel dâĂ©conomie. Il est disponible gratuitement en ligne. Il repose sur 145 ans de donnĂ©es historiques. Et aujourdâhui, en mars 2026, il affiche un niveau quâil nâa atteint que pendant 1,1% de toute lâhistoire boursiĂšre amĂ©ricaine.
Cet indicateur, câest le Shiller CAPE. Et si tu investis en Bourse sans le comprendre, tu navigues Ă lâaveugle.
Je te prĂ©viens dâentrĂ©e : cette newsletter ne va pas te dire de vendre toutes tes actions demain matin. Elle ne va pas non plus te rassurer en te disant que tout va bien. Elle va faire quelque chose de plus utile : tâapprendre Ă lire la boussole que les investisseurs professionnels utilisent depuis des dĂ©cennies pour calibrer leurs attentes.
Parce que le problĂšme, quand on investit, ce nâest pas de savoir si le marchĂ© va monter ou descendre demain. Personne ne le sait, et ceux qui prĂ©tendent le contraire te mentent. Le vrai problĂšme, câest de savoir ce que tu peux raisonnablement espĂ©rer sur les 10, 15, 20 prochaines annĂ©es. Et ça, justement, le CAPE te le dit avec une prĂ©cision troublante.
Quand le CAPE Ă©tait bas dans les annĂ©es 1980, les investisseurs qui sont entrĂ©s sur le marchĂ© ont fait fortune. Quand il Ă©tait au sommet en 2000, ceux qui ont achetĂ© au plus haut ont attendu 13 ans pour simplement retrouver leur mise. Pas gagner de lâargent. Juste revenir Ă zĂ©ro.
Aujourdâhui, le CAPE est Ă 38. Câest le deuxiĂšme niveau le plus Ă©levĂ© de toute lâhistoire. Le premier ? CâĂ©tait en dĂ©cembre 1999, juste avant que le Nasdaq perde 78% de sa valeur.
Est-ce que ça veut dire quâun krach est imminent ? Non. Est-ce que ça veut dire que tu dois sortir du marchĂ© ? Pas nĂ©cessairement. Mais est-ce que ça veut dire que tu dois ajuster tes attentes et peut-ĂȘtre repenser ta stratĂ©gie ? Absolument.
Le paradoxe du CAPE, câest quâil est Ă la fois terriblement simple Ă comprendre (une division, vraiment ?) et remarquablement difficile Ă appliquer (parce quâil contredit nos instincts). Quand tout monte, on veut acheter plus. Le CAPE te dit : attention, tu paies cher. Quand tout sâeffondre, on veut fuir. Le CAPE te dit : câest peut-ĂȘtre le moment dâacheter.
Dans cette newsletter, je vais tâexpliquer exactement ce quâest le CAPE, pourquoi il fonctionne, ce quâil a prĂ©dit (et ratĂ©) dans le passĂ©, ce quâil nous dit sur 2026, et surtout comment lâutiliser concrĂštement pour tes dĂ©cisions dâinvestissement. On va aussi voir pourquoi certains pensent que lâindicateur est obsolĂšte, et pourquoi je pense quâils ont tort â mais pas complĂštement.
Attache ta ceinture. On plonge dans lâindicateur prĂ©fĂ©rĂ© des investisseurs les plus intelligents de la planĂšte.
Une derniĂšre chose avant de commencer : cette newsletter est dense. Vraiment dense. Jâaurais pu la dĂ©couper en trois parties, mais jâai prĂ©fĂ©rĂ© tout regrouper pour que tu aies une vision complĂšte du sujet. Prends ton temps pour la lire. Reviens-y si nĂ©cessaire. Sauvegarde-la quelque part. Câest le genre de contenu qui prend de la valeur avec le temps â tu tâen souviendras quand tout le monde autour de toi paniquera lors du prochain krach, ou quand tu planifieras ta retraite et que tu voudras des hypothĂšses rĂ©alistes.
Allez, câest parti.
đ Câest quoi le CAPE ? (et pourquoi le P/E classique ne suffit pas)
Si tu tâintĂ©resses un minimum Ă la Bourse, tu as forcĂ©ment entendu parler du P/E ratio (Price-to-Earnings, ou PER en français). Câest lâindicateur de valorisation le plus basique qui existe. Tu prends le cours dâune action, tu le divises par le bĂ©nĂ©fice par action, et tu obtiens un chiffre qui te dit combien de fois tu paies les bĂ©nĂ©fices.
Exemple concret : si Apple vaut 180$ en Bourse et gĂ©nĂšre 6$ de bĂ©nĂ©fice par action, son P/E est de 30. Autrement dit, tu paies 30 annĂ©es de bĂ©nĂ©fices actuels pour possĂ©der lâaction. Si les bĂ©nĂ©fices restent constants (spoiler : ils ne le font jamais), il te faudrait 30 ans pour ârĂ©cupĂ©rerâ ton investissement via les profits de lâentreprise.
Le P/E est intuitivement sĂ©duisant. Plus il est bas, moins tu paies cher pour chaque euro de bĂ©nĂ©fice. Un P/E de 10 semble âpas cherâ, un P/E de 50 semble âcherâ. Simple, non ?
Le problĂšme, câest que ce ratio est extrĂȘmement trompeur. Pourquoi ? Parce que les bĂ©nĂ©fices dâune entreprise fluctuent Ă©normĂ©ment dâune annĂ©e sur lâautre. En pĂ©riode de boom Ă©conomique, les bĂ©nĂ©fices explosent. En rĂ©cession, ils sâeffondrent â parfois mĂȘme deviennent nĂ©gatifs.
Et câest lĂ que ça devient contre-intuitif. En pleine rĂ©cession, quand les bĂ©nĂ©fices sâeffondrent, le P/E explose â ce qui donne lâimpression que les actions sont âchĂšresâ. Mais câest prĂ©cisĂ©ment le moment oĂč elles sont souvent bon marchĂ© en rĂ©alitĂ©, parce que les cours ont chutĂ© et que les bĂ©nĂ©fices dĂ©primĂ©s vont finir par remonter. Ă lâinverse, en plein boom, quand les bĂ©nĂ©fices sont gonflĂ©s artificiellement, le P/E paraĂźt raisonnable â alors que le marchĂ© est peut-ĂȘtre en bulle.
Prenons un exemple concret. En mars 2009, au creux de la crise financiĂšre, le P/E du S&P 500 Ă©tait autour de 100 â parce que les bĂ©nĂ©fices des entreprises sâĂ©taient effondrĂ©s temporairement. Avec un P/E Ă 100, le marchĂ© paraissait horriblement cher. En rĂ©alitĂ©, câĂ©tait lâune des meilleures opportunitĂ©s dâachat de lâhistoire : le S&P 500 a quintuplĂ© depuis.
Le P/E classique, câest comme mesurer la tempĂ©rature dâun malade une seule fois, Ă un moment alĂ©atoire de la journĂ©e, et en dĂ©duire son Ă©tat de santĂ© gĂ©nĂ©ral. Tu peux tomber sur un pic de fiĂšvre passager ou sur un moment oĂč les mĂ©dicaments font effet. Dans les deux cas, tu te fais une idĂ©e fausse. Câest insuffisant.
La solution de Benjamin Graham (oui, le mentor de Warren Buffett)
LâidĂ©e de lisser les bĂ©nĂ©fices sur plusieurs annĂ©es nâest pas nouvelle. Elle remonte aux annĂ©es 1930, quand deux investisseurs lĂ©gendaires, Benjamin Graham et David Dodd, ont Ă©crit leur bible de lâinvestissement : Security Analysis, publiĂ© en 1934 â en pleine Grande DĂ©pression, ce qui nâest pas un hasard.
Graham et Dodd avaient remarquĂ© exactement le mĂȘme problĂšme. Ils avaient vu des investisseurs se ruiner en achetant des actions qui paraissaient âbon marchĂ©â selon le P/E classique, mais qui Ă©taient en rĂ©alitĂ© valorisĂ©es sur des bĂ©nĂ©fices temporairement gonflĂ©s. Leur solution ? PlutĂŽt que de regarder les bĂ©nĂ©fices dâune seule annĂ©e, ils recommandaient de prendre la moyenne des bĂ©nĂ©fices sur 5 Ă 10 ans. Cette moyenne lisse les hauts et les bas du cycle Ă©conomique et donne une image beaucoup plus fiable de la capacitĂ© bĂ©nĂ©ficiaire rĂ©elle dâune entreprise.
Graham, rappelons-le, est le pĂšre de lâinvestissement âvalueâ et le mentor de Warren Buffett. Quand le plus grand investisseur de tous les temps dit que son professeur Ă©tait un gĂ©nie, ça vaut la peine dâĂ©couter ce que le professeur avait Ă dire.
Lâapproche de Graham et Dodd Ă©tait rĂ©volutionnaire pour lâĂ©poque. Dans les annĂ©es 1920, lâanalyse financiĂšre Ă©tait rudimentaire. Les gens achetaient des actions sur la base de rumeurs, de conseils de courtiers, ou simplement parce que tout le monde autour dâeux en achetait. LâidĂ©e de regarder les bĂ©nĂ©fices sur plusieurs annĂ©es, dâajuster pour le cycle Ă©conomique, et de calculer une âvaleur intrinsĂšqueâ Ă©tait considĂ©rĂ©e comme excessivement acadĂ©mique par beaucoup de praticiens.
Ironie de lâhistoire : câest prĂ©cisĂ©ment cette approche âacadĂ©miqueâ qui a permis Ă ceux qui lâappliquaient de survivre au krach de 1929 et Ă la Grande DĂ©pression qui a suivi. Pendant que les spĂ©culateurs faisaient faillite, les investisseurs value comme Graham continuaient Ă acheter des entreprises sous-Ă©valuĂ©es et Ă construire des fortunes durables.
Mais Graham et Dodd nâont jamais vraiment formalisĂ© cette idĂ©e en un indicateur prĂ©cis et systĂ©matique applicable au marchĂ© dans son ensemble. Câest lĂ quâentre en scĂšne notre hĂ©ros du jour.
Robert Shiller entre en scĂšne
Robert Shiller est professeur dâĂ©conomie Ă Yale. Câest un personnage fascinant : Ă la fois universitaire rigoureux et vulgarisateur brillant, capable de parler aux Nobel comme aux investisseurs particuliers. Son livre Irrational Exuberance (LâExubĂ©rance Irrationnelle), publiĂ© en mars 2000 â littĂ©ralement au sommet de la bulle internet â est devenu un classique de la littĂ©rature financiĂšre. Le timing de la publication Ă©tait prophĂ©tique, mĂȘme si Shiller insiste quâil nâavait pas prĂ©vu le moment exact du krach.
En 1988, avec son collĂšgue John Campbell, il publie un article acadĂ©mique qui va rĂ©volutionner lâanalyse des marchĂ©s financiers. Dans cet article, ils dĂ©montrent quâen prenant la moyenne des bĂ©nĂ©fices rĂ©els (ajustĂ©s de lâinflation) sur 10 ans, on obtient un indicateur qui prĂ©dit remarquablement bien les rendements boursiers futurs.
Cet indicateur, ils lâappellent le CAPE : Cyclically Adjusted Price-to-Earnings ratio. En français : ratio cours/bĂ©nĂ©fices ajustĂ© du cycle Ă©conomique. On lâappelle aussi parfois le âShiller P/Eâ, le âP/E 10â ou simplement âle CAPE de Shillerâ.
La formule est dâune simplicitĂ© dĂ©concertante :
CAPE = Cours actuel de lâindice / Moyenne des bĂ©nĂ©fices rĂ©els sur 10 ans
Câest tout. Pas de modĂšle mathĂ©matique complexe avec des Ă©quations diffĂ©rentielles. Pas dâalgorithme de machine learning. Pas de facteurs secrets. Juste une division entre deux chiffres que tout le monde peut trouver.
La beautĂ© du CAPE, câest quâil combine deux ajustements cruciaux en un seul indicateur. Dâabord, lâajustement cyclique : en prenant 10 ans de bĂ©nĂ©fices, tu captures un cycle Ă©conomique complet et tu Ă©vites de te faire piĂ©ger par des bĂ©nĂ©fices temporairement hauts ou bas. Ensuite, lâajustement de lâinflation : en utilisant des bĂ©nĂ©fices ârĂ©elsâ (ajustĂ©s du coĂ»t de la vie), tu peux comparer des Ă©poques diffĂ©rentes sans que lâinflation vienne fausser la comparaison.
Pourquoi 10 ans exactement ?
Tu pourrais te demander : pourquoi 10 ans et pas 5, 7 ou 15 ? La réponse est à la fois empirique et logique.
Empiriquement, Shiller et Campbell ont testĂ© diffĂ©rentes pĂ©riodes et ont trouvĂ© que 10 ans offrait le meilleur pouvoir prĂ©dictif. Câest un sweet spot : assez long pour avoir du sens statistique, assez court pour rester pertinent. Des pĂ©riodes plus courtes (5 ans) captent moins bien les cycles. Des pĂ©riodes plus longues (15-20 ans) diluent trop lâinformation rĂ©cente.
Logiquement, 10 ans te permettent de capturer : - Au moins une pĂ©riode de croissance Ă©conomique (gĂ©nĂ©ralement 6-8 ans) - Au moins une pĂ©riode de ralentissement ou rĂ©cession (gĂ©nĂ©ralement 1-2 ans) - Les effets des changements structurels dans lâĂ©conomie (nouvelles industries, dĂ©clin dâanciennes) - Lâimpact des Ă©vĂ©nements exceptionnels (guerres, crises, pandĂ©mies) - Plusieurs cycles de bĂ©nĂ©fices des entreprises (expansion, maturitĂ©, compression)
En gros, tu obtiens une photo âmoyenneâ de ce quâune entreprise ou un marchĂ© peut rĂ©ellement gagner, ni dans ses meilleurs jours ni dans ses pires. Câest comme prendre la moyenne de ton salaire sur 10 ans pour Ă©valuer ton niveau de vie rĂ©el, plutĂŽt que de regarder ta meilleure annĂ©e (quand tu as eu un gros bonus) ou ta pire (quand tu as Ă©tĂ© au chĂŽmage).
Graham et Dodd avaient suggĂ©rĂ© 5 Ă 10 ans sans trancher. Shiller a tranchĂ© : 10 ans, câest optimal.
Le prix Nobel
En 2013, Robert Shiller reçoit le prix Nobel dâĂ©conomie (officiellement le âprix de la Banque de SuĂšde en sciences Ă©conomiques en mĂ©moire dâAlfred Nobelâ). Il le partage avec Eugene Fama et Lars Peter Hansen pour leurs travaux sur lâanalyse empirique des prix des actifs.
Câest savoureux de noter que Shiller et Fama ont des visions presque opposĂ©es des marchĂ©s. Fama est le pĂšre de lâhypothĂšse des marchĂ©s efficients : les prix reflĂštent toute lâinformation disponible, on ne peut pas âbattre le marchĂ©â de façon systĂ©matique. Shiller, lui, a passĂ© sa carriĂšre Ă montrer que les marchĂ©s sont souvent irrationnels, sujets aux bulles et aux paniques, et que les valorisations extrĂȘmes finissent par se corriger.
Le comité Nobel a choisi de récompenser les deux perspectives, reconnaissant implicitement que la vérité est quelque part entre les deux : les marchés sont généralement efficaces, mais pas toujours, et certainement pas quand les émotions prennent le dessus.
Ce qui est fascinant avec Shiller, câest quâil nâest pas un gourou qui prĂ©dit les krachs Ă tort et Ă travers pour faire le buzz. Câest un universitaire rigoureux qui dit simplement : âQuand les valorisations sont trĂšs Ă©levĂ©es, les rendements futurs sont gĂ©nĂ©ralement faibles. Ce nâest pas une opinion, câest ce que montrent 145 ans de donnĂ©es.â
Il ne dit pas âvendez toutâ. Il dit âajustez vos attentesâ.
Calculons ensemble
Prenons le S&P 500 aujourdâhui, en mars 2026.
Cours actuel : 6 505 points
Moyenne des bénéfices réels sur 10 ans : 171$
CAPE : 6 505 / 171 = 38
Ce chiffre te dit que tu paies actuellement 38 annĂ©es de bĂ©nĂ©fices moyens pour possĂ©der le marchĂ© amĂ©ricain. Si les bĂ©nĂ©fices restent Ă leur niveau moyen des 10 derniĂšres annĂ©es (ce qui est une hypothĂšse raisonnable), il te faudrait 38 ans de bĂ©nĂ©fices pour ârembourserâ le prix que tu paies aujourdâhui.
Pour mettre ça en perspective : - La moyenne historique du CAPE depuis 1881 est de 17 - La médiane est de 16 - Le CAPE actuel est donc plus de 2 fois supérieur à la normale
Autrement dit, le marchĂ© amĂ©ricain est actuellement environ deux fois plus cher que sa valorisation ânormaleâ sur 145 ans dâhistoire. Câest comme si tu payais un appartement deux fois son prix moyen historique. Ăa peut se justifier (lâappartement est exceptionnel, le quartier sâest gentrifiĂ©), mais ça doit au moins te faire rĂ©flĂ©chir.
Pour ĂȘtre complet, voici lâĂ©volution historique du CAPE aux moments clĂ©s : - 1881 (dĂ©but des donnĂ©es) : 18 - 1921 (aprĂšs WWI) : 5 â point bas historique - 1929 (avant le krach) : 33 - 1932 (creux de la DĂ©pression) : 6 - 1966 (pic des âNifty Fiftyâ) : 24 - 1982 (creux avant le grand bull market) : 7 - 2000 (bulle internet) : 44 â record historique - 2009 (crise financiĂšre) : 13 - 2021 (post-Covid) : 39 - Mars 2026 : 38
Tu vois le pattern ? Les creux du CAPE (1921, 1932, 1982, 2009) correspondent Ă dâexcellents moments pour acheter. Les pics (1929, 2000, 2021) correspondent Ă des moments dangereux.
Ce que le CAPE te dit (et ne te dit pas)
Le CAPE te dit : - Si le marchĂ© est globalement cher ou bon marchĂ© par rapport Ă lâhistoire - Quel rendement tu peux raisonnablement espĂ©rer sur 10-20 ans - Si tu dois ĂȘtre agressif ou prudent dans ton allocation - Comment diffĂ©rentes rĂ©gions se comparent en termes de valorisation
Le CAPE ne te dit PAS : - Ce que le marchĂ© va faire demain, le mois prochain ou mĂȘme lâannĂ©e prochaine - Le moment exact oĂč acheter ou vendre - Si un krach est imminent - Quelle action spĂ©cifique acheter
Cette distinction est cruciale. Le CAPE nâest pas une boule de cristal pour le court terme. Câest un GPS pour le long terme. Il te dit oĂč tu es (valorisation actuelle), oĂč tu vas probablement arriver (rendements futurs), mais pas par quelle route ni Ă quelle vitesse tu vas y aller. Tu peux trĂšs bien avoir une destination mĂ©diocre (faibles rendements) mais un trajet agrĂ©able pendant quelques annĂ©es (hausse du marchĂ©), avant que la rĂ©alitĂ© ne te rattrape.
đ Lâhistoire du CAPE : ce quâil a prĂ©dit (et ce quâil a ratĂ©)
Le CAPE a une rĂ©putation presque mystique dans le monde de lâinvestissement. Et cette rĂ©putation repose sur des faits historiques troublants. Passons en revue les moments oĂč lâindicateur a brillĂ©.
1929 : le krach de la Grande Dépression
Les annĂ©es 1920 aux Ătats-Unis, câest lâĂ©poque du jazz, de la prohibition, et dâune euphorie boursiĂšre sans prĂ©cĂ©dent. Tout le monde investit. Les cireurs de chaussures donnent des conseils boursiers. On achĂšte des actions Ă crĂ©dit avec un effet de levier de 10 pour 1 (tu mets 100,tu empruntes 900, tu achĂštes pour 1 000$ dâactions). Les journaux parlent de ânouvelle Ăšre de prospĂ©ritĂ© permanenteâ.
Le contexte Ă©conomique semblait favorable : lâindustrie amĂ©ricaine dominait le monde, la productivitĂ© augmentait grĂące Ă lâĂ©lectrification et aux nouvelles mĂ©thodes de production, la consommation de masse se dĂ©veloppait avec lâautomobile et les appareils Ă©lectromĂ©nagers. Tout semblait aller dans la bonne direction.
En septembre 1929, le CAPE atteint 32,5 â un niveau jamais vu depuis que Shiller a commencĂ© Ă collecter les donnĂ©es en 1881. Bien sĂ»r, personne ne regarde le CAPE Ă lâĂ©poque (il nâexiste pas encore sous cette forme), mais les valorisations sont objectivement dĂ©lirantes par rapport Ă ce que les entreprises gagnent rĂ©ellement.
Un mois plus tard, en octobre 1929, le âBlack Thursdayâ (24 octobre) puis le âBlack Tuesdayâ (29 octobre) dĂ©clenchent lâeffondrement. Le Dow Jones perd 89% de sa valeur en moins de 3 ans. Des millions dâAmĂ©ricains sont ruinĂ©s â littĂ©ralement ruinĂ©s, pas âils ont perdu de lâargentâ. Des familles se retrouvent Ă la rue. Des gens se suicident. La Grande DĂ©pression commence, et elle durera une dĂ©cennie.
Si tu avais achetĂ© au sommet de 1929, il tâaurait fallu 25 ans â jusquâen 1954 â pour simplement retrouver ton capital initial. Un quart de siĂšcle Ă attendre de revenir Ă zĂ©ro.
1999-2000 : la bulle internet
Avance rapide de 70 ans. Nous sommes dans les annĂ©es 1990. Internet rĂ©volutionne le monde. Amazon, Yahoo, eBay, AOL deviennent des noms familiers. Les mĂ©dias parlent de ânouvelle Ă©conomieâ oĂč les anciennes rĂšgles ne sâappliquent plus.
En dĂ©cembre 1999, le CAPE atteint son record historique absolu : 44,2. Câest le sommet de la folie internet. Des entreprises sans bĂ©nĂ©fices, parfois mĂȘme sans revenus, parfois mĂȘme sans produit fini, valent des milliards en Bourse. Pets.com (un site de vente de nourriture pour animaux) lĂšve 82 millions de dollars en IPO et fait faillite 9 mois plus tard. Webvan (livraison de courses) brĂ»le 1,2 milliard de dollars avant de disparaĂźtre.
Tout le monde est convaincu que âcette fois, câest diffĂ©rentâ et que les anciennes rĂšgles de valorisation ne sâappliquent plus. La ânouvelle Ă©conomieâ rend les P/E traditionnels obsolĂštes, dit-on. Ce qui compte, câest les âeyeballsâ (le nombre de visiteurs), pas les bĂ©nĂ©fices.
Robert Shiller publie Irrational Exuberance en mars 2000. Le timing est incroyable : littĂ©ralement au pic du marchĂ©. Shiller ne prĂ©tend pas avoir prĂ©vu la date exacte du krach â il dit simplement que les valorisations sont insoutenables et quâune correction majeure est inĂ©vitable Ă terme.
Trois mois plus tard, en mars 2000, le Nasdaq atteint son pic Ă 5 048 points. Puis lâeffondrement commence. En octobre 2002, le Nasdaq a perdu 78% de sa valeur â quasiment 4 dollars sur 5 envolĂ©s. Le S&P 500 a chutĂ© de 49%. Des entreprises emblĂ©matiques comme Cisco, qui valait 569 milliards de dollars au sommet (la premiĂšre entreprise Ă atteindre ce niveau), sâeffondrent de 93%.
Et devine quoi ? Cisco nâa toujours pas retrouvĂ© son niveau de mars 2000, 26 ans plus tard. Lâaction vĂ©gĂšte 16% en dessous de son record.
Pour quelquâun qui avait investi au sommet de 2000, il a fallu attendre 2013 â 13 ans â pour simplement retrouver sa mise sur le S&P 500. Et encore plus longtemps pour le Nasdaq, qui nâa retrouvĂ© ses niveaux de 2000 quâen 2015.
Pense Ă ce que ça reprĂ©sente concrĂštement. 13 ans, câest le temps de voir ses enfants passer de la maternelle au lycĂ©e. Câest le temps de changer plusieurs fois de travail, de dĂ©mĂ©nager, de vivre des Ă©vĂ©nements majeurs de sa vie. Et pendant tout ce temps, ton portefeuille dâactions amĂ©ricaines Ă©tait toujours dans le rouge par rapport au moment oĂč tu avais investi.
Les investisseurs qui avaient besoin de cet argent â pour la retraite, pour acheter une maison, pour financer les Ă©tudes de leurs enfants â ont Ă©tĂ© contraints de vendre Ă perte ou de reporter leurs projets de vie. Câest la rĂ©alitĂ© humaine derriĂšre les statistiques froides.
2007 : la crise des subprimes
En octobre 2007, le CAPE atteint 27 â un niveau Ă©levĂ©, mais pas extrĂȘme comme en 1929 ou 2000. Suffisant cependant pour que les investisseurs prudents lĂšvent un sourcil. Le marchĂ© immobilier amĂ©ricain montre des signes de surchauffe, les subprimes (prĂȘts immobiliers Ă risque) se multiplient, mais la Fed et les banques assurent que tout est sous contrĂŽle.
Quelques mois plus tard, Bear Stearns sâeffondre (mars 2008), puis Lehman Brothers fait faillite (septembre 2008), dĂ©clenchant une panique mondiale. Le S&P 500 perd 57% de sa valeur en 18 mois. Câest la pire crise financiĂšre depuis 1929.
Le CAPE nâĂ©tait âqueâ Ă 27 â pas au niveau dâalerte maximale. Mais combinĂ© avec dâautres signaux (bulle immobiliĂšre, endettement excessif, produits financiers toxiques), il confirmait que le marchĂ© Ă©tait vulnĂ©rable. Pas de marge de sĂ©curitĂ©.
2021 : la bulle post-Covid
En novembre 2021, le CAPE grimpe Ă 38,6 â son deuxiĂšme niveau le plus Ă©levĂ© de lâhistoire aprĂšs la bulle internet. La Fed a inondĂ© les marchĂ©s de liquiditĂ©s pendant la pandĂ©mie (plus de 4 000 milliards de dollars injectĂ©s). Les taux sont Ă zĂ©ro. Les investisseurs particuliers, confinĂ©s chez eux avec des chĂšques de stimulus, se ruent sur les actions, les cryptos, les SPAC, les meme stocks (GameStop, AMC).
LâannĂ©e suivante, en 2022, le S&P 500 chute de 19,4% lorsque la Fed commence Ă relever ses taux pour combattre lâinflation. Le Nasdaq perd 33%. Les cryptos sâeffondrent de 60-80%. Les SPAC perdent en moyenne 70% de leur valeur.
Ce nâest pas un krach de lâampleur de 2000 ou 2008, mais câest une correction significative que le CAPE avait signalĂ©e.
Le tableau récapitulatif

La relation statistique
Ce nâest pas juste une coĂŻncidence narrative. Les Ă©tudes acadĂ©miques ont dĂ©montrĂ© une corrĂ©lation nĂ©gative de -0,70 entre le CAPE et les rendements sur 10 ans. En statistiques, câest une corrĂ©lation trĂšs forte â pas parfaite, mais bien meilleure que nâimporte quel autre indicateur de valorisation.
Pour donner une idĂ©e : la plupart des modĂšles de prĂ©diction boursiĂšre expliquent moins de 20% de la variance des rendements futurs. Le CAPE en explique environ 40%. Ce nâest pas parfait â il reste 60% dâincertitude â mais câest le meilleur outil dont nous disposons.
ConcrÚtement, voici ce que disent les données historiques sur 145 ans :

Robert Shiller lui-mĂȘme a publiĂ© ses prĂ©visions fin 2025 : avec un CAPE autour de 40, il sâattend Ă des rendements nominaux de seulement 1,5% par an pour le S&P 500 sur la prochaine dĂ©cennie. Quand tu soustrais lâinflation (disons 2,5%) et les dividendes (environ 1,5%), ça signifie que lâindice lui-mĂȘme pourrait ĂȘtre plus bas dans 10 ans quâaujourdâhui.
Ce nâest pas une prĂ©diction de krach imminent. Câest une prĂ©diction de rendements mĂ©diocres sur le long terme. Nuance importante.
Ce que le CAPE a raté (ou presque)
Je serais malhonnĂȘte si je te prĂ©sentais le CAPE comme un indicateur infaillible. Il a ses limites et ses Ă©checs. Parlons-en ouvertement.
Le faux positif de 2014-2024
Ă partir de 2014, le CAPE est passĂ© au-dessus de 25 et y est restĂ© presque continuellement pendant 10 ans. Selon la logique historique, les rendements auraient dĂ» ĂȘtre mĂ©diocres â dans la fourchette 0-3% par an.
Et pourtant : le S&P 500 a affichĂ© des rendements de +12% par an sur cette pĂ©riode, bien au-dessus de la moyenne historique. Un investisseur qui aurait rĂ©duit son exposition aux actions en 2014 Ă cause du CAPE Ă©levĂ© aurait ratĂ© lâun des plus grands bull markets de lâhistoire.
Pourquoi le CAPE sâest-il âtrompĂ©â ?
Plusieurs explications sâadditionnent :
1. Les taux dâintĂ©rĂȘt historiquement bas : Quand les obligations rapportent 0-2%, les actions deviennent relativement plus attractives mĂȘme Ă des valorisations Ă©levĂ©es. Les investisseurs ont le choix entre 0% garanti sur les obligations ou 3-4% espĂ©rĂ© sur les actions. Ils choisissent les actions, ce qui fait monter les prix et le CAPE.
2. Les rachats dâactions massifs : Les entreprises amĂ©ricaines ont rachetĂ© pour des milliers de milliards de leurs propres actions, rĂ©duisant le nombre dâactions en circulation et gonflant mĂ©caniquement les bĂ©nĂ©fices par action. Câest un changement structurel que le CAPE ne capture pas complĂštement.
3. La composition de lâindice a changĂ© : Le S&P 500 de 2014 nâest pas celui de 1950. Plus de tech Ă marges Ă©levĂ©es (25-30%), moins dâindustrie Ă marges faibles (5-10%). Des entreprises de meilleure âqualitĂ©â peuvent justifier des valorisations plus Ă©levĂ©es.
4. Lâafflux de capitaux passifs : Plus de 50% des actifs amĂ©ricains sont maintenant gĂ©rĂ©s passivement (ETF, fonds indiciels). Ces flux achĂštent mĂ©caniquement les actions sans regarder les valorisations, crĂ©ant une demande structurelle permanente.
5. La mondialisation des profits : Les grandes entreprises amĂ©ricaines vendent au monde entier. Apple fait 60% de son chiffre dâaffaires hors USA. Ces entreprises âamĂ©ricainesâ captent en rĂ©alitĂ© la croissance mondiale.
Ces facteurs expliquent pourquoi le CAPE peut rester Ă©levĂ© plus longtemps quâavant. Mais attention : ils nâinvalident pas la relation fondamentale entre valorisation et rendements futurs. Ils la dĂ©calent peut-ĂȘtre (le ânouveau normalâ serait un CAPE de 22-25 au lieu de 17), mais ne lâĂ©liminent pas. Un CAPE Ă 38 reste extrĂȘme mĂȘme en tenant compte de tous ces ajustements.
Le problĂšme du timing
Le CAPE de 1996 Ă©tait Ă 25 â dĂ©jĂ Ă©levĂ© historiquement. Le prĂ©sident de la Fed Alan Greenspan a prononcĂ© son cĂ©lĂšbre discours sur âlâexubĂ©rance irrationnelleâ en dĂ©cembre 1996. Robert Shiller lui-mĂȘme sâinquiĂ©tait.
Le marché⊠a continuĂ© Ă monter pendant 4 ans et a doublĂ© avant de finalement sâeffondrer en 2000.
Si tu avais vendu en 1996 en te basant sur le CAPE, tu aurais ratĂ© un gain de 100% sur 4 ans. Et tu aurais eu lâair dâun idiot pendant 4 longues annĂ©es, pendant que tes collĂšgues sâenrichissaient sur les actions tech.
Câest la grande leçon : le CAPE te dit que quelque chose va mal finir, mais il ne te dit pas quand. Et âquandâ peut ĂȘtre demain, dans 6 mois, ou dans 5 ans. Rester assis sur du cash pendant 5 ans en attendant un krach qui ne vient pas, câest un coĂ»t dâopportunitĂ© Ă©norme â et psychologiquement Ă©puisant. Tu dois ĂȘtre capable de regarder ton voisin sâenrichir pendant que tu âattendsâ sans craquer et racheter au pire moment.
Câest pourquoi les investisseurs les plus sages ne sortent jamais complĂštement du marchĂ©. Ils ajustent leur allocation, diversifient, et restent investis. MĂȘme Robert Shiller lui-mĂȘme reste investi malgrĂ© le CAPE Ă©levĂ©.
La citation clé de Shiller
Je laisse le dernier mot Ă lâinventeur du CAPE lui-mĂȘme. Dans plusieurs interviews, Robert Shiller a rĂ©pĂ©tĂ© cette nuance essentielle :
âLe CAPE a prĂ©dit environ un tiers de la variance des rendements Ă 10 ans depuis 1881. Câest le meilleur prĂ©dicteur que nous ayons, mais ce nâest pas parfait. Il ne vous dit pas quand vendre, et je ne suis moi-mĂȘme pas sorti du marchĂ© malgrĂ© mes inquiĂ©tudes. La relation entre valorisation et rendements est rĂ©elle, mais les marchĂ©s peuvent rester irrationnels plus longtemps que vous ne pouvez rester solvable.â
Autrement dit : mĂȘme le prix Nobel qui a inventĂ© lâindicateur reste investi. Il ajuste ses attentes et sa prudence, mais il ne fait pas de market timing. Il ne vend pas tout en attendant le krach.
Câest une leçon dâhumilitĂ©. Si Shiller lui-mĂȘme ne sort pas du marchĂ© quand le CAPE est Ă 38, peut-ĂȘtre que toi non plus tu ne devrais pas.
đ§ Pourquoi le CAPE est Ă 38 aujourdâhui (et les deux camps qui sâaffrontent)
Le niveau actuel en perspective
Prenons un instant pour réaliser à quel point la situation actuelle est exceptionnelle.
Le CAPE du S&P 500 est Ă 38 en mars 2026. Pour mettre ce chiffre en perspective :
Il est 2,2 fois supérieur à la moyenne historique de 17
Il nâa Ă©tĂ© plus Ă©levĂ© quâĂ une seule pĂ©riode de lâhistoire : 1999-2000
Sur les 145 annĂ©es de donnĂ©es disponibles (1 740 mois), le CAPE nâa Ă©tĂ© Ă 40 ou plus que pendant 21 mois â soit 1,1% du temps total
Ces 21 mois formaient une seule pĂ©riode continue : de janvier 1999 Ă septembre 2000, le cĆur de la bulle internet
Le CAPE actuel est 17% plus Ă©levĂ© quâau pic de 1929 (avant la Grande DĂ©pression)
Il nâest que 13% en dessous du record absolu de dĂ©cembre 1999
Autrement dit, si lâhistoire est un guide, le marchĂ© amĂ©ricain nâa Ă©tĂ© aussi cher que pendant la plus grande bulle spĂ©culative de lâhistoire moderne. Celle dont on parle encore 25 ans aprĂšs, celle qui a ruinĂ© des millions de petits porteurs, celle qui a servi de mise en garde pendant deux dĂ©cennies.
Pour ĂȘtre prĂ©cis sur les chiffres rĂ©cents : le CAPE a dĂ©passĂ© 40 briĂšvement fin 2024, puis est redescendu autour de 38-39 dĂ©but 2026. Il oscille dans cette zone depuis plusieurs mois.
Le camp des optimistes : âThis time is differentâ
Face Ă ces chiffres alarmants, une partie des analystes et investisseurs avance que les comparaisons historiques ne sont plus valides. Ce ne sont pas des idiots â ce sont des gens sĂ©rieux avec des arguments sĂ©rieux. Examinons-les honnĂȘtement.
Argument 1 : La composition de lâindice a radicalement changĂ©
Le S&P 500 de 2026 nâa rien Ă voir avec celui de 1980 ou mĂȘme de 2000. Aujourdâhui, les gĂ©ants technologiques (Apple, Microsoft, Nvidia, Alphabet, Amazon, Meta, Tesla) reprĂ©sentent plus de 30% de lâindice.
Ces entreprises ont des marges bĂ©nĂ©ficiaires de 20-30%, contre 5-10% pour les industriels traditionnels. Elles nĂ©cessitent peu de capital physique (pas dâusines gĂ©antes Ă construire), gĂ©nĂšrent des flux de trĂ©sorerie massifs, ont des positions de monopole ou quasi-monopole sur leurs marchĂ©s, et dominent mondialement.
Apple ne fabrique pas juste des tĂ©lĂ©phones â elle contrĂŽle un Ă©cosystĂšme de 2 milliards dâappareils actifs et prĂ©lĂšve 30% sur chaque transaction de lâApp Store. Microsoft ne vend pas juste du logiciel â elle est le fournisseur cloud de 95% des grandes entreprises. Nvidia ne fabrique pas juste des puces â elle a un monopole de fait sur lâinfrastructure de lâIA avec 80%+ de parts de marchĂ©.
Lâargument : il est normal de payer plus cher pour des entreprises de qualitĂ© exceptionnelle. Le CAPE historique Ă©tait calculĂ© sur un indice dominĂ© par lâacier, lâautomobile, le pĂ©trole. Comparer les valorisations dâApple Ă celles de US Steel nâa pas de sens.
Argument 2 : Les taux dâintĂ©rĂȘt structurellement bas justifient des valorisations plus Ă©levĂ©es
Il y a une relation mathĂ©matique entre les taux dâintĂ©rĂȘt et les valorisations. Plus les taux sont bas, plus la âvaleur prĂ©senteâ des bĂ©nĂ©fices futurs est Ă©levĂ©e. Câest de lâactualisation financiĂšre basique.
Quand les taux sont Ă 0-2% comme ils lâont Ă©tĂ© pendant une dĂ©cennie, les obligations ne rapportent rien. Les investisseurs sont donc prĂȘts Ă payer plus cher pour les actions, qui offrent au moins un rendement potentiel.
MĂȘme avec les hausses de taux rĂ©centes (la Fed est autour de 4-5%), les taux rĂ©els (aprĂšs inflation) restent historiquement bas comparĂ©s aux annĂ©es 1980-1990. La âprime de risqueâ des actions par rapport aux obligations reste attractive.
Robert Shiller lui-mĂȘme a dĂ©veloppĂ© un indicateur ajustĂ©, le âExcess CAPE Yieldâ (ECY), qui compare le rendement implicite des actions (1/CAPE) au rendement des obligations. Cet indicateur est moins alarmant que le CAPE brut.
Argument 3 : Les bénéfices des Big Tech sont réels, pas spéculatifs
Contrairement Ă la bulle internet de 2000, oĂč des entreprises sans revenus valaient des milliards, les gĂ©ants actuels affichent des bĂ©nĂ©fices colossaux et en croissance.
Nvidia est passĂ© de 4 milliards de bĂ©nĂ©fice net en 2022 Ă plus de 70 milliards par an aujourdâhui â une multiplication par 17 en 4 ans. Ce nâest pas de la spĂ©culation sur des promesses â câest de la croissance rĂ©elle, mesurable, auditable, taxable.
Les âMagnificent Sevenâ (Apple, Microsoft, Nvidia, Alphabet, Amazon, Meta, Tesla) gĂ©nĂšrent collectivement plus de 400 milliards de dollars de bĂ©nĂ©fices annuels. Ce sont de vraies entreprises, pas des Pets.com ou des Webvan.
Lâargument : quand la croissance des bĂ©nĂ©fices est aussi spectaculaire, les valorisations Ă©levĂ©es sont justifiĂ©es. Le CAPE regarde en arriĂšre (10 ans de bĂ©nĂ©fices passĂ©s) alors que le marchĂ© regarde en avant (croissance future anticipĂ©e).
Argument 4 : Lâinvestissement passif a changĂ© la dynamique
Plus de 50% des actifs amĂ©ricains sont dĂ©sormais gĂ©rĂ©s passivement (ETF, fonds indiciels). En 2000, câĂ©tait moins de 10%. Ces flux achĂštent mĂ©caniquement les actions de lâindice, proportionnellement Ă leur capitalisation, sans Ă©gard pour leur valorisation.
Chaque mois, des milliards de dollars de 401(k) (lâĂ©quivalent amĂ©ricain du PER), de plans dâĂ©pargne automatique, dâETF, affluent vers les mĂȘmes actions â les plus grosses du S&P 500. Cette demande structurelle, rĂ©currente, insensible aux prix, pourrait justifier un ânouveau normalâ avec des CAPE plus Ă©levĂ©s.
LâidĂ©e nâest pas absurde : si la demande pour un actif augmente structurellement tandis que lâoffre (le nombre dâactions) stagne ou diminue (rachats), le prix monte mĂ©caniquement.
Le camp des pessimistes : âLes arbres ne montent pas jusquâau cielâ
De lâautre cĂŽtĂ© du ring, des investisseurs lĂ©gendaires comme Jeremy Grantham (co-fondateur de GMO, gĂ©rant de 120 milliards de dollars), Cliff Asness (co-fondateur dâAQR, 130 milliards), John Hussman, ou Rob Arnott (Research Affiliates) tirent la sonnette dâalarme. Leurs arguments mĂ©ritent aussi dâĂȘtre entendus.
Argument 1 : La concentration est un risque, pas une force
Les 10 premiĂšres entreprises du S&P 500 reprĂ©sentent aujourdâhui 35% de lâindice. Câest plus quâau sommet de la bulle internet en 2000. Si une seule de ces entreprises déçoit, câest tout le marchĂ© qui trinque.
Et on lâa vu : quand Nvidia a publiĂ© des rĂ©sultats lĂ©gĂšrement en dessous des attentes astronomiques dĂ©but 2025, lâaction a perdu 15% en quelques jours, entraĂźnant lâensemble du Nasdaq avec elle. Un seul rapport trimestriel, et 500 milliards de capitalisation sâĂ©vaporent.
Cette concentration crĂ©e une fragilitĂ© systĂ©mique. Le succĂšs du marchĂ© repose sur 7-10 entreprises. Si lâIA déçoit, si la rĂ©gulation frappe, si la Chine riposte, si une nouvelle technologie Ă©merge⊠le chĂąteau de cartes peut sâeffondrer rapidement.
Argument 2 : LâIA est peut-ĂȘtre la nouvelle bulle internet
Le discours actuel sur lâintelligence artificielle ressemble Ă©trangement Ă celui sur internet en 1999 : - âĂa va tout changerâ â - âLes anciennes rĂšgles ne sâappliquent plusâ â - âIl faut ĂȘtre positionnĂ© maintenant ou rater la rĂ©volutionâ â - âLes entreprises qui nâadoptent pas vont disparaĂźtreâ â - âLa croissance va ĂȘtre exponentielle pendant des dĂ©cenniesâ â
Oui, lâIA va probablement transformer lâĂ©conomie. Internet lâa fait aussi â de façon encore plus profonde que ce quâimaginaient les prophĂštes de 1999. Mais ça nâa pas empĂȘchĂ© les actions internet de perdre 80% de leur valeur entre 2000 et 2002.
Amazon a perdu 95% de sa valeur entre son pic de 1999 et son creux de 2001 â passant de 107$ Ă 5,51$. Et câĂ©tait le grand gagnant ! Les autres ont fait faillite.
Lâhistoire montre que les technologies transformatrices peuvent ĂȘtre rĂ©elles sans que les valorisations soient justifiĂ©es. Le chemin de fer a transformĂ© lâAmĂ©rique au 19e siĂšcle â et la plupart des compagnies ferroviaires ont fait faillite. Lâautomobile a transformĂ© le 20e siĂšcle â sur des centaines de constructeurs, il en reste une poignĂ©e.
Argument 3 : Les marges élevées ne sont pas éternelles
Les marges bénéficiaires exceptionnelles des Big Tech (20-30%) attirent la concurrence comme le miel attire les mouches.
La Chine dĂ©veloppe ses propres champions (Alibaba, Tencent, ByteDance, Huawei). DeepSeek a montrĂ© quâon pouvait crĂ©er des modĂšles dâIA performants Ă une fraction du coĂ»t de OpenAI/Nvidia. LâEurope rĂ©gule (GDPR, Digital Markets Act, AI Act). Les gouvernements amĂ©ricain et europĂ©en enquĂȘtent sur les monopoles.
Lâhistoire montre que les marges anormalement Ă©levĂ©es finissent toujours par revenir vers la moyenne â câest lâun des principes les plus solides de lâĂ©conomie. La question nâest pas si, mais quand. Et quand ça arrive, les valorisations construites sur des marges exceptionnelles sâeffondrent.
Argument 4 : Le dollar est surévalué
Le dollar amĂ©ricain est surĂ©valuĂ© dâenviron 25-30% selon la plupart des modĂšles de paritĂ© de pouvoir dâachat. Câest lâune des plus grandes surĂ©valuations depuis les annĂ©es 1980.
Si le dollar se normalise (ce qui finit toujours par arriver Ă long terme), les investisseurs Ă©trangers verront leurs rendements en actions amĂ©ricaines amputĂ©s par lâeffet de change. Un investisseur europĂ©en qui achĂšte des actions amĂ©ricaines aujourdâhui pourrait voir ses gains effacĂ©s par la baisse du dollar.
Et les investisseurs Ă©trangers reprĂ©sentent une part significative de la demande pour les actions amĂ©ricaines. Sâils commencent Ă se diversifier vers lâEurope ou lâAsie (moins chers et avec des devises sous-Ă©valuĂ©es), câest un pilier de soutien qui se retire.
Argument 5 : Les 10 prochaines années ne seront pas les 10 derniÚres
Lâargument ultime des pessimistes : les 10 derniĂšres annĂ©es ont Ă©tĂ© exceptionnelles. - Taux zĂ©ro pendant une dĂ©cennie - Quantitative easing massif (la Fed a achetĂ© des milliers de milliards dâactifs) - Boom technologique inĂ©dit - Stimulus Covid historique (des milliers de dollars envoyĂ©s directement aux mĂ©nages) - Explosion des rachats dâactions
Extrapoler ces conditions vers le futur est une erreur classique de pensĂ©e linĂ©aire. Les conditions qui ont permis au marchĂ© de dĂ©fier le CAPE pendant une dĂ©cennie â notamment les taux ultra-bas et les injections de liquiditĂ© â sont en train de se normaliser.
La Fed ne peut plus faire de QE sans risquer une inflation incontrÎlable. Les taux ne redescendront pas à zéro de sitÎt. Les gouvernements sont endettés et ne peuvent plus distribuer des stimulus comme en 2020-2021.
Les vents favorables des 10 derniÚres années pourraient devenir les vents contraires des 10 prochaines.
Ce que dit Shiller lui-mĂȘme (mise Ă jour 2025-2026)
Robert Shiller, fidĂšle Ă son approche mesurĂ©e, ne prĂ©dit pas de krach imminent. Il ne lâa jamais fait â ce nâest pas son style. Mais il est clair sur ses prĂ©visions quantitatives.
Dans ses derniĂšres publications et interviews, il estime que le S&P 500 devrait gĂ©nĂ©rer des rendements nominaux moyens de 1,5% par an sur les 10 prochaines annĂ©es. En retirant lâinflation (disons 2,5%) et en comptant les dividendes (environ 1,5%), cela implique que lâindice lui-mĂȘme pourrait ĂȘtre plus bas dans 10 ans quâaujourdâhui en termes rĂ©els.
En comparaison, Shiller prĂ©voit des rendements de 8,2% par an pour lâEurope et 6,5% par an pour le Japon â des marchĂ©s nettement moins chers avec des CAPE de 21 et 25 respectivement.
Câest une diffĂ©rence colossale : +1,5%/an vs +8,2%/an sur une dĂ©cennie. Sur 100 000⏠investis : - USA : tu aurais ~116 000⏠dans 10 ans - Europe : tu aurais ~220 000⏠dans 10 ans
Presque le double. Juste parce que tu as choisi le marché moins cher.
Mon avis : les deux camps ont partiellement raison
Voici ce que je retiens de ce débat, aprÚs avoir pesé tous les arguments :
Les optimistes ont raison de dire que le CAPE dâaujourdâhui nâest pas directement comparable Ă celui de 1950 ou 1980. La composition du marchĂ©, la qualitĂ© des entreprises, lâenvironnement de taux, et la structure de la demande (passif) justifient probablement un CAPE structurellement plus Ă©levĂ© quâavant.
Si la ânouvelle normaleâ historique Ă©tait un CAPE de 17, la ânouvelle normaleâ de 2020-2030 est peut-ĂȘtre 22-25. Les arguments pour cette réévaluation sont solides.
Les pessimistes ont raison de dire quâun CAPE Ă 38 reste extraordinairement Ă©levĂ©, mĂȘme en tenant compte de ces ajustements. MĂȘme si le ânouveau normalâ est un CAPE de 25 au lieu de 17, on est encore 50% au-dessus.
Câest comme si lâimmobilier parisien avait un prix ânormalâ de 10 000âŹ/mÂČ au lieu de 6 000âŹ/mÂČ historiquement (arguments valables : ville-monde, contraintes dâoffre, qualitĂ© de vie). OK, mais si le prix actuel est de 15 000âŹ/mÂČ, ça reste trop cher mĂȘme avec le nouveau normal.
La conclusion pragmatique : Ne pas parier sur un krach imminent â les optimistes ont assez de bons arguments pour que le marchĂ© puisse continuer Ă monter pendant des annĂ©es. Mais ajuster ses attentes Ă la baisse pour les rendements futurs du marchĂ© amĂ©ricain, et diversifier vers des marchĂ©s moins chers (Europe, Ă©mergents) oĂč le risque/rendement est plus favorable.
đĄïž Comment utiliser le CAPE dans tes dĂ©cisions dâinvestissement
On a assez parlĂ© de thĂ©orie et dâhistoire. Passons au concret : comment utilises-tu rĂ©ellement le CAPE pour tes dĂ©cisions dâinvestissement ?
Application #1 : Ajuste tes attentes (et ta planification retraite)
Câest lâusage le plus important et le plus nĂ©gligĂ© du CAPE. Et câest peut-ĂȘtre aussi le plus douloureux Ă accepter.
Si tu planifies ta retraite ou ton indĂ©pendance financiĂšre en comptant sur des rendements de 10% par an â la moyenne historique du marchĂ© amĂ©ricain â tu risques une trĂšs mauvaise surprise.
Avec un CAPE Ă 38, les donnĂ©es historiques suggĂšrent des rendements de 0-3% par an sur les 10 prochaines annĂ©es pour les actions amĂ©ricaines. MĂȘme en Ă©tant optimiste et en ajustant pour les ânouvelles conditionsâ (entreprises de meilleure qualitĂ©, taux bas, etc.), difficile dâespĂ©rer plus de 5-6%.
ConcrĂštement, quâest-ce que ça change pour ta planification ?
Imaginons que tu aies 100 000⏠investis aujourdâhui et que tu comptes sur ces placements pour ta retraite dans 20 ans. Voici ce que tu aurais selon diffĂ©rents scĂ©narios de rendement :

La diffĂ©rence entre le scĂ©nario âje compte sur 10%â et le scĂ©nario âCAPE Ă 38â ? Plus de 500 000âŹ. Câest la diffĂ©rence entre une retraite confortable et une retraite serrĂ©e.
Ăa ne veut pas dire que tu dois arrĂȘter dâinvestir â au contraire, câest la pire chose Ă faire. Ăa veut dire que tu dois peut-ĂȘtre : - Ăpargner davantage pour compenser des rendements plus faibles anticipĂ©s - Travailler un peu plus longtemps que prĂ©vu initialement - RĂ©duire tes dĂ©penses prĂ©vues Ă la retraite pour plus de marge de sĂ©curitĂ© - Diversifier vers des actifs potentiellement plus rentables (voir ci-dessous) - Revoir ton allocation pour inclure plus de marchĂ©s moins chers
Câest un ajustement des attentes, pas une capitulation.
Et surtout, ça ne veut pas dire que tu vas forcĂ©ment avoir des rendements de 1,5% par an. Le CAPE nâest pas une prĂ©diction exacte â câest une estimation basĂ©e sur les probabilitĂ©s historiques. Tu pourrais trĂšs bien avoir 8% par an si le marchĂ© continue de dĂ©fier la gravitĂ©. Ou tu pourrais avoir -2% par an si un krach majeur survient. Ce que le CAPE te dit, câest que la probabilitĂ© de rendements Ă©levĂ©s est faible, et que tu devrais planifier en consĂ©quence.
La question pratique devient alors : prĂ©fĂšres-tu ĂȘtre agrĂ©ablement surpris si les rendements sont meilleurs que prĂ©vu, ou dĂ©sagrĂ©ablement surpris sâils sont pires ? La prudence suggĂšre de planifier pour le scĂ©nario conservateur et dâĂȘtre content si ça se passe mieux.
Application #2 : Compare les régions géographiques
Le CAPE nâexiste pas que pour les Ătats-Unis. Il est calculĂ© pour tous les grands marchĂ©s mondiaux. Et les Ă©carts sont spectaculaires â câest peut-ĂȘtre lâinformation la plus actionnable de cette newsletter.

Tu vois le problĂšme ? Ton ETF Monde (MSCI World), câest 70% dâUSA. Donc tu es massivement exposĂ© au marchĂ© le plus cher de la planĂšte, celui avec les pires perspectives de rendement selon le CAPE.
LâEurope, avec un CAPE de 21, offre des rendements espĂ©rĂ©s 5 fois supĂ©rieurs Ă ceux des Ătats-Unis selon les modĂšles de Shiller (8,2% vs 1,5%). Les marchĂ©s Ă©mergents, encore moins chers, pourraient faire encore mieux â avec plus de risque et de volatilitĂ©, certes.
Câest contre-intuitif : tout le monde veut ĂȘtre investi aux USA parce que âcâest le meilleur marchĂ© du mondeâ. Mais justement PARCE QUE tout le monde veut y ĂȘtre, le marchĂ© est devenu cher, et les rendements futurs seront probablement dĂ©cevants.
Les marchĂ©s les moins populaires (Europe, Ă©mergents) sont moins chers et offrent de meilleures perspectives. Câest la logique mĂȘme de lâinvestissement âvalueâ appliquĂ©e aux gĂ©ographies.
Actions concrĂštes :
Si tu es 100% investi en ETF S&P 500 ou MSCI World, considĂšre dâajouter : - Un ETF Europe (MSCI Europe, STOXX 600, ou pays spĂ©cifiques comme CAC 40, DAX) - Un ETF MarchĂ©s Ămergents (MSCI Emerging Markets) - Un ETF âMSCI World ex-USAâ (le monde dĂ©veloppĂ© hors Ătats-Unis) - Un ETF Japon (Nikkei 225, TOPIX)
LâidĂ©e nâest pas de sortir des USA â ils restent le marchĂ© le plus innovant et le plus dynamique â mais de rééquilibrer vers des marchĂ©s oĂč le CAPE suggĂšre de meilleures perspectives.
Une allocation âCAPE-awareâ pourrait ĂȘtre : - 40% USA (au lieu de 70% implicite dans le MSCI World) - 25% Europe - 20% Ămergents - 15% Japon et autres dĂ©veloppĂ©s
Ce rééquilibrage nâest pas un pari contre les Ătats-Unis. Câest une reconnaissance du fait que quand tout le monde veut la mĂȘme chose, le prix monte jusquâĂ un niveau oĂč les rendements futurs deviennent peu attractifs. Câest la loi fondamentale de lâoffre et de la demande appliquĂ©e aux marchĂ©s financiers.
Les investisseurs institutionnels les plus sophistiquĂ©s â les fonds de pension, les fondations universitaires, les family offices â font exactement ce type dâajustement. Ils regardent les valorisations relatives entre rĂ©gions et surpondĂšrent les marchĂ©s moins chers. Ce nâest pas de la spĂ©culation, câest de la gestion de portefeuille rationnelle.
Et historiquement, cette approche a fonctionnĂ©. Les dĂ©cennies oĂč le CAPE amĂ©ricain Ă©tait Ă©levĂ© par rapport aux autres marchĂ©s ont gĂ©nĂ©ralement Ă©tĂ© suivies de pĂ©riodes oĂč les marchĂ©s Ă©trangers surperformaient. La dĂ©cennie 2000-2010, aprĂšs la bulle internet, a vu les marchĂ©s Ă©mergents et europĂ©ens largement surperformer le S&P 500.
Application #3 : Utilise le CAPE comme ârĂšgle de prudenceâ
Le CAPE peut servir de cadre pour moduler ton exposition aux actions en fonction du niveau de risque de marchĂ©. Ce nâest pas du market timing (essayer de prĂ©dire les hauts et les bas) â câest de la gestion du risque.
Voici une approche utilisée par certains investisseurs institutionnels :
ExtrĂȘmement cher, trĂšs dĂ©fensif
Avec un CAPE à 38, cette approche suggÚre de réduire ton exposition aux actions américaines à 30-40% maximum de ton portefeuille total. Le reste peut aller vers :
Actions dâautres rĂ©gions (Europe, Ă©mergents â moins chĂšres)
Obligations (pour la stabilité et les revenus)
Or (protection contre lâinflation et les crises)
Cash / Fonds monétaires (pour saisir des opportunités en cas de correction)
Immobilier / SCPI (diversification, revenus réguliers)
Attention importante : ce nâest PAS du market timing. Tu ne vends pas tout en attendant le krach. Tu ajustes simplement ton niveau de risque en fonction du niveau de valorisation. Câest ce que font les fonds de pension, les assureurs, et les investisseurs institutionnels sĂ©rieux. Câest de la gestion de portefeuille prudente, pas de la spĂ©culation.
Application #4 : Ne rien faire du tout (et câest parfois OK)
Voici peut-ĂȘtre le conseil le plus important et le plus contre-intuitif : si ton horizon est de 30 ans ou plus, le CAPE actuel importe relativement peu.
Sur des horizons trĂšs longs (30-40 ans), les marchĂ©s finissent presque toujours par monter significativement. Les krachs deviennent des accidents de parcours, des bosses sur une courbe globalement ascendante. Et mĂȘme si tu entres au pire moment possible (sommet de 1929, sommet de 2000), le temps joue en ta faveur.
Quelquâun qui a achetĂ© le S&P 500 au sommet absolu de 1929 et nâa jamais vendu a quand mĂȘme multipliĂ© son capital par 200 sur les 95 annĂ©es suivantes. Le âpire moment possibleâ Ă©tait quand mĂȘme un bon investissement sur le trĂšs long terme.
De plus, si tu investis rĂ©guliĂšrement (DCA â Dollar Cost Averaging), tu achĂštes Ă diffĂ©rents niveaux de CAPE. Les moments oĂč le marchĂ© est cher (CAPE Ă©levĂ©) sont compensĂ©s par les moments oĂč il est bon marchĂ© (CAPE bas aprĂšs une correction). Le DCA lisse naturellement ton prix dâentrĂ©e.
Lâerreur Ă Ă©viter absolument : sortir complĂštement du marchĂ© en attendant le krach. Les Ă©tudes montrent que manquer les 10 meilleurs jours de Bourse sur 20 ans divise tes rendements par deux. Et ces meilleurs jours arrivent souvent juste aprĂšs les pires, quand tout le monde a trop peur pour ĂȘtre investi.
Si tu as : - Un horizon de 25+ ans - Des revenus stables et diversifiés - Pas besoin de cet argent à court terme - Une tolérance élevée à la volatilité
âŠalors tu peux probablement ignorer le CAPE et continuer Ă investir rĂ©guliĂšrement. Le temps est ton alliĂ©.
Câest important de comprendre cette nuance : le CAPE est plus pertinent pour quelquâun de 55 ans qui planifie sa retraite dans 10 ans que pour quelquâun de 25 ans qui a 40 ans devant lui. Pour le premier, un CAPE Ă©levĂ© est un signal dâalarme sĂ©rieux â ses prochains 10 ans de rendements dĂ©termineront largement sa qualitĂ© de vie Ă la retraite. Pour le second, câest une information utile mais pas dĂ©terminante â il traversera plusieurs cycles de CAPE haut et bas avant dâavoir besoin de cet argent.
Lâerreur la plus coĂ»teuse est souvent de sur-rĂ©agir. Des investisseurs qui ont vendu en 2016 parce que le CAPE Ă©tait âtrop Ă©levĂ©â Ă 25 ont ratĂ© des annĂ©es de hausse. Dâautres qui ont vendu en mars 2020 pendant la panique Covid ont manquĂ© lâun des plus spectaculaires rebonds de lâhistoire. Le CAPE ne te dit pas quand le marchĂ© va baisser â il te dit simplement ce que tu peux espĂ©rer sur le long terme.
Application #5 : Diversifie par secteur
Le CAPE peut aussi ĂȘtre calculĂ© par secteur dâactivitĂ©. Et les Ă©carts sont massifs â encore plus quâentre pays :

Si tu veux réduire ton risque de valorisation tout en restant investi en actions, tu peux : - Sous-pondérer la tech (qui représente 30%+ des indices) - Surpondérer les secteurs value (finance, énergie, industrie) - Utiliser des ETF sectoriels ou des ETF value (qui excluent ou sous-pondÚrent la tech)
Attention : les secteurs bon marchĂ© le sont parfois pour de bonnes raisons structurelles. LâĂ©nergie fossile fait face Ă la transition Ă©nergĂ©tique. Les banques font face Ă la fintech. Le CAPE nâest quâun indicateur parmi dâautres â il ne te dit pas si un secteur est structurellement en dĂ©clin.
Mon allocation âCAPE-awareâ suggĂ©rĂ©e
Pour un investisseur français avec un horizon de 15-20 ans et un CAPE US Ă 38, voici deux allocations qui intĂšgrent les enseignements du CAPE. Ces allocations sont donnĂ©es Ă titre illustratif â ta situation personnelle doit guider tes choix rĂ©els.
Allocation modĂ©rĂ©e (pour quelquâun qui veut rester investi mais diversifier) : - 25% ETF S&P 500 / MSCI USA - 25% ETF Europe (STOXX 600 ou MSCI Europe) - 15% ETF MarchĂ©s Ămergents - 10% ETF Small Caps monde ou value - 10% Or (via ETF comme PHAU ou physique) - 10% Obligations (fonds euros, obligations dâĂtat) - 5% Cash (livrets, fonds monĂ©taires)
Cette allocation rĂ©duit lâexposition aux USA (25% au lieu de 70% dans un MSCI World classique) tout en maintenant une exposition significative aux actions. Lâor sert de protection contre les crises et lâinflation. Les obligations et le cash apportent de la stabilitĂ© et de la liquiditĂ©.
Allocation prudente (pour quelquâun proche de la retraite ou inquiet) : - 20% ETF actions diversifiĂ©es (USA + Europe + EM Ă©quipondĂ©rĂ©s) - 20% SCPI / Immobilier cotĂ© - 20% Obligations / Fonds euros assurance-vie - 15% Or - 15% Cash / Fonds monĂ©taires - 10% MatiĂšres premiĂšres diversifiĂ©es
Ces allocations ne sont pas des recommandations personnalisées. Elles illustrent simplement comment intégrer le CAPE dans une réflexion de portefeuille. Ta situation personnelle (ùge, revenus, patrimoine, objectifs, tolérance au risque) doit guider tes choix réels.
Les 5 erreurs à éviter absolument
Avant de conclure, passons en revue les erreurs les plus courantes que font les investisseurs lorsquâils dĂ©couvrent le CAPE. Ăvite-les, et tu auras dĂ©jĂ une longueur dâavance sur la plupart des gens.
Erreur #1 : Faire du market timing
âLe CAPE est Ă 38, je vends tout et jâattends le krach.â
Mauvaise idĂ©e. Le CAPE peut rester Ă©levĂ© pendant des annĂ©es â voire une dĂ©cennie entiĂšre comme entre 2014 et 2024. Pendant ce temps, tu rates des gains potentiels et tu paies de lâimpĂŽt sur les plus-values rĂ©alisĂ©es. Et tu risques de racheter plus haut que tu nâas vendu si le krach ne vient pas (ou vient plus tard que prĂ©vu).
Le market timing est lâune des erreurs les plus coĂ»teuses en investissement. Des Ă©tudes montrent que mĂȘme les professionnels Ă©chouent rĂ©guliĂšrement Ă anticiper les mouvements de marchĂ©. Le CAPE nâest pas un outil de timing â câest un outil de calibrage des attentes.
Erreur #2 : Ignorer complĂštement le CAPE
âCâest juste un indicateur parmi dâautres, je reste 100% actions US.â
Tu peux, mais sois conscient que tu prends un pari implicite : que les rendements exceptionnels de la derniĂšre dĂ©cennie vont se rĂ©pĂ©ter. Lâhistoire suggĂšre que câest peu probable avec un CAPE aussi Ă©levĂ©. Au minimum, ajuste tes attentes.
Erreur #3 : Comparer des CAPE incomparables
Le CAPE de lâInde Ă 30 et celui des USA Ă 38 ne signifient pas la mĂȘme chose. Chaque marchĂ© a sa propre moyenne historique et sa propre dynamique. Le CAPE de lâInde est Ă©levĂ© pour lâInde. Celui de lâEurope Ă 21 est bas pour lâEurope.
Compare toujours un CAPE Ă la moyenne historique du mĂȘme marchĂ©, pas Ă dâautres marchĂ©s.
Erreur #4 : Oublier que câest un indicateur long terme
Le CAPE ne te dit RIEN sur ce qui va se passer cette annĂ©e. Il te parle des 10-20 prochaines annĂ©es. Si tu utilises le CAPE pour des dĂ©cisions de court terme (vendre avant les Ă©lections, acheter aprĂšs une correction de 10%), tu lâutilises mal.
Erreur #5 : Le prendre comme vérité absolue
Le CAPE explique ~40% de la variance des rendements futurs. Câest le meilleur indicateur disponible, mais il reste 60% dâincertitude. Les conditions peuvent changer de façon imprĂ©visible. Utilise le CAPE comme un input parmi dâautres, pas comme un oracle infaillible.

Le Shiller CAPE nâest pas une boule de cristal. Ce nâest pas un signal dâachat ou de vente. Câest une boussole â un outil pour tâorienter dans un environnement incertain.
Cette boussole te dit aujourdâhui quelque chose de clair : le marchĂ© amĂ©ricain est exceptionnellement cher. Plus cher quâen 1929. Presque aussi cher quâen 2000. Et historiquement, quand le CAPE est Ă ce niveau, les rendements des 10-20 annĂ©es suivantes sont mĂ©diocres.
Est-ce que ça veut dire que le marchĂ© va sâeffondrer demain ? Non. Le CAPE peut rester Ă©levĂ© pendant des annĂ©es.
Est-ce que ça veut dire que tu dois tout vendre ? Non plus. Sortir du marché est presque toujours une mauvaise idée.
Mais ça veut dire que tu devrais :
Ajuster tes attentes â ne planifie pas ta vie financiĂšre sur du 10%/an si tu es 100% US
Diversifier gĂ©ographiquement â lâEurope et les Ă©mergents sont nettement moins chers et offrent de meilleures perspectives
ConsidĂ©rer dâautres classes dâactifs â obligations, or, immobilier pour rĂ©duire le risque global
Rester investi â mais avec une allocation plus Ă©quilibrĂ©e si tu approches de tes objectifs
Garder du cash â pour saisir des opportunitĂ©s si une correction se prĂ©sente
Le CAPE ne te donnera jamais le moment parfait pour acheter ou vendre. Personne ne le peut. Mais il te donnera quelque chose de plus précieux : une perspective réaliste sur ce que tu peux attendre de tes investissements.
Câest cette perspective qui fait la diffĂ©rence entre un investisseur qui panique lors dâun krach (parce quâil sâattendait Ă 10% par an et quâil ne comprend pas pourquoi son portefeuille baisse) et un investisseur qui reste serein (parce quâil savait que les rendements futurs seraient probablement mĂ©diocres et quâune correction Ă©tait prĂ©visible).
Câest cette perspective qui te permet de rĂ©sister au FOMO (Fear Of Missing Out) quand tout le monde autour de toi parle de ses gains fantastiques â parce que tu sais que quand tout le monde gagne facilement de lâargent, câest gĂ©nĂ©ralement le signe que les valorisations sont tendues et que les rendements futurs seront dĂ©cevants.
Câest cette perspective qui te permet de planifier ta vie financiĂšre sur des hypothĂšses solides plutĂŽt que sur des rĂȘves. Combien dois-tu Ă©pargner pour la retraite ? Ăa dĂ©pend des rendements que tu attends. Si tu planifies sur 10% par an alors que le CAPE suggĂšre 2%, tu risques de te retrouver avec un patrimoine trĂšs insuffisant au moment oĂč tu en auras le plus besoin.
Dans un monde oĂč tout le monde te promet la lune â les influenceurs qui te vendent du 20%/an garanti, les analystes qui voient le S&P Ă 10 000 points, les gourous qui ont âla stratĂ©gie secrĂšteâ â un peu de rĂ©alisme basĂ© sur 145 ans de donnĂ©es, câest dĂ©jĂ de lâor.
Le CAPE ne te rendra pas riche du jour au lendemain. Mais il pourrait bien tâĂ©viter de devenir pauvre en croyant aux promesses trop belles pour ĂȘtre vraies.
Vous voulez aller plus loin ?Â
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Disclaimer : Ceci nâest pas un conseil en investissement, en tant que CIF, je ne peux donner de conseils avant dâavoir pu comprendre qui vous ĂȘtes, vos objectifs de vie, vos contraintes et capacitĂ©s financiĂšres. Tout conseil Ă©tant personnalisĂ©, et cette newsletter Ă©tant gĂ©nĂ©raliste, soyez vigilant sur vos investissements, peu importe la forme quâils prendraient.











